SÉMIOLOGIE ORTHOPÉDIQUE

 

 

 

 

 

 

 

GÉNÉRALITES SUR LES FRACTURES

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FRACTURES DE L'ENFANT

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FRACTURES DE LA JAMBE

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FRACTURES DU FEMUR

 

 

 

 

J-L Lerat

Faculté Lyon-Sud

 

 

 

 

 

 

 



 GÉNÉRALITÉS SUR LES FRACTURES DES MEMBRES_ 4

RAPPEL MORPHOLOGIQUE DES DIFFÉRENTS OS DU SQUELETTE_ 4

DEFINITION DES FRACTURES_ 5

ETIOLOGIE DES FRACTURES_ 5

MECANISMES DES FRACTURES TRAUMATIQUES_ 6

LES TRAITS DES FRACTURES_ 6

DÉPLACEMENT DES FRACTURES_ 9

CONDUITE A TENIR DEVANT UNE FRACTURE DES MEMBRES_ 10

EVOLUTION - LA CONSOLIDATION DES FRACTURES_ 11

LES FACTEURS qui INFLUENCENT LA CONSOLIDATION_ 13

LE TRAITEMENT DES FRACTURES_ 17

Principes généraux_ 17

LE TRAITEMENT ORTHOPÉDIQUE DES FRACTURES_ 18

LES PRINCIPAUX APPAREILS PLÂTRÉS_ 24

TRAITEMENT CHIRURGICAL DES FRACTURES_ 29

PRINCIPES GÉNÉRAUX DES OSTÉOSYNTHÈSES_ 29

COMPLICATIONS DES FRACTURES_ 33

COMPLICATIONS TARDIVES DES FRACTURES_ 39

SÉQUELLES DES FRACTURES_ 42

LES FRACTURES DE L'ENFANT_ 45

LES FRACTURES EN BOIS VERT_ 46

LES FRACTURES-DÉCOLLEMENTS EPIPHYSAIRES GÉNÉRALITÉS_ 46

Les ÉPIPHYSIODÈSES post-traumatiques 50

Etiologie_ 55

Méthodes thérapeutiques 56

Les indications thérapeutiques dans les fractures de la jambe_ 61

Traitement des pseudarthroses de jambe_ 63

Traitement des cals vicieux de la jambe_ 67

FRACTURES DE LA DIAPHYSE DU FÉMUR_ 69

GÉNÉRALITÉS_ 69

FRACTURES DIAPHYSAIRES DES 2/4 MOYENS_ 69

FRACTURES SOUS-TROCHANTÉRIENNES_ 75

FRACTURES DIAPHYSAIRES BASSES ou SUPRA-CONDYLIENNES_ 76

 


GÉNÉRALITÉS SUR LES FRACTURES DES MEMBRES

 

Les fractures ont des caractéristiques et des évolutions très différentes en fonction de leur localisation sur le squelette (os plats, os longs, os courts) et en fonction de leur situation au niveau de l'os lui-même (diaphyse, métaphyse ou épiphyse).

 

RAPPEL MORPHOLOGIQUE DES DIFFÉRENTS OS DU SQUELETTE

 

- les os plats. Les os plats, comme le crâne et l'omoplate, n'ont pas des fonctions locomotrices. leurs fractures consolident toujours spontanément en raison de leur vascularisation abondante apportée en grande partie par les nombreuses insertions musculaires.

 

- les os courts . Les os du carpe et du tarse et les vertèbres sont des os massifs qui ont comme caractéristiques d'être porteurs de plusieurs surfaces articulaires dont l'intégrité est indispensable pour un bon fonctionnement des articulations voisines. L'os est spongieux compact avec des corticales solides.

 

- les os longs . Les os longs comportent une diaphyse et deux métaphyses et épiphyses.

- La diaphyse est longue, formant le canal médullaire avec une corticale très solide. Le fémur et le tibia sont des os "porteurs" qui subissent des contraintes considérables. Ils ont des courbures frontales et sagittales qui augmentent leur résistance pour mieux supporter les contraintes de compression, de tension et de torsion. La diaphyse des os longs est mal vascularisée au niveau du tiers moyen où la vascularisation provient surtout de la périphérie par les muscles [2/3 externe par le périoste et les muscles qui sont insérés sur lui (cf schéma)]. On comprend pourquoi une ostéosynthèse par plaque, comportant obligatoirement une rugination des muscles afin d’exposer l'os, risque de perturber la vascularisation (Plus qu'une ostéosynthèse par clou centro-médullaire où l'on n'ouvre pas le foyer de fracture).

- Les épiphyses sont des zones spongieuses denses en périphérie et qui sont recouvertes de cartilages articulaires. L'os spongieux est caractérisé par un système de trabéculations larges.

- Les métaphyses sont situées à la jonction des diaphyses et des épiphyses.

C'est à ce niveau que siègent les cartilages de croissance, ou cartilages de conjugaison, responsables de la croissance en longueur des os longs. Ces cartilages de croissance qui apparaissent sur les radiographies comme des lignes ou des solutions de continuité, ne doivent pas être confondus avec des traits de fractures (faire des radiographies comparatives des 2 côtés). Ils disparaissent à la fin de l'adolescence et fusionnent complètement chez l'adulte.

Ce sont des zones très actives surtout près du genou (extrémité inférieure du fémur et extrémité supérieure du tibia, qui sont responsables de 80% de la croissance en longueur du membre inférieur) et loin du coude (extrémité supérieure de l'humérus et poignet qui sont responsables de 75% de la croissance en longueur du membre supérieur).

Les traumatismes des zones de croissance (fractures et décollements épiphysaires) peuvent perturber la croissance en longueur lorsqu'ils surviennent pendant l'enfance et l'adolescence. Ils peuvent créer une épiphysiodèse c'est-à-dire un arrêt de la croissance. Une épiphysiodèse peut être totale, intéressant toute la largeur du cartilage de croissance et donnant un arrêt complet de la croissance. Elle peut siéger aussi sur une zone plus étroite, n'entraînant alors qu'un arrêt localisé de la croissance. Dans ces cas, la poursuite de la croissance dans la zone voisine peut entraîner une déviation de l'os (cf. chapitre des fractures de l'enfant).

 

- le périoste est une membrane périphérique, facile à décoller de l'os chez l'enfant. Elle est plus ou moins épaisse et son épaisseur diminue chez l'adulte. La croissance en largeur des os dépend beaucoup du périoste.

Le périoste joue un rôle important dans la consolidation des fractures. Il joue aussi un rôle de barrière entre l'os et les parties molles par exemple en freinant l'extension de certains processus pathologiques allant de l'os vers les parties molles. (Par exemple, l'ostéomyélite et certaines tumeurs osseuses).

 

DEFINITION DES FRACTURES

 

            Une fracture est une rupture de la continuité d'un os. Cela peut aller d'une simple fissure osseuse sans déplacement, jusqu'à une fracture très comminutive (fracture à nombreux fragments).

 

            Une fracture peut être ouverte ou fermée. Lorsque la peau est ouverte le foyer de fracture communique avec l'extérieur et une surinfection est toujours possible et doit être prévenue. On peut voir de grosses pertes de substances cutanées et musculaires posant d'importants problèmes thérapeutiques de couverture de l'os.

 

            Une fracture ouverte est une fracture d'emblée beaucoup plus grave que la même fracture fermée et les indications thérapeutiques sont très différentes. Tant que la peau est intacte, il n'y a aucun risque de complication infectieuse de la fracture. Dès que la peau est ouverte il y a un très gros risque d'infection qui peut retarder ou empêcher la consolidation.

 

                           

                  A                                   B                                         C                                      D

Fracture transversale des 2 os de la jambe (A) - Fracture comminutive (B) Fracture spiroïde (C) - Fracture pathologique du fémur sur un os fragilisé par une tumeur ostéolytique (D)

 

ETIOLOGIE DES FRACTURES

 

- Les fractures traumatiques sont les plus fréquentes.

- Les fractures pathologiques concernent des os fragilisés par des processus ostéolytiques:

            - soit une ostéoporose (ex : fracture du col fémoral du vieillard)

            - soit une tumeur ostéolytique. La fracture peut faire découvrir la tumeur. Le plus souvent il s'agit de métastases mais parfois, de simples kystes osseux peuvent entraîner des fractures, chez l'enfant par exemple.

 


MECANISMES DES FRACTURES TRAUMATIQUES

 

- Traumatisme direct

Il s'agit d'un choc direct : soit par chute d'objet lourd ou impact lors d'un accident de la route par exemple, soit d'une chute avec contact direct avec le sol.

  

Chute sur le coude pouvant produire une fracture supra-condylienne ou une fracture de l’olécrâne

 

- Traumatisme indirect

Le traumatisme peut se faire en torsion, en traction, en varus ou valgus, en compression ou par un mécanisme complexe. L'os se fracture à distance de l'application des forces. L'exemple le plus typique est la fracture de la jambe du skieur qui tourne autour de son pied bloqué par le ski. Ce même mécanisme peut entraîner des entorses des articulations avec ruptures ligamentaires.

Les vertèbres se fracturent souvent par un mécanisme en compression, de même que les plateaux tibiaux ou le calcaneum. L'humérus se casse par flexion indirecte après une chute sur la main.

         

       Fracture du coude après chute sur la main         Torsion pouvant produire une fracture ou une rupture des ligaments

 

- Les fractures de fatigue

Les fractures de fatigue se produisent à la suite d'une multitude d'efforts répétés sur un os.

La plus fréquente siège au niveau du col des métatarsiens moyens qui est un lieu privilégié lors de la marche. C'est la fracture typique des jeunes recrues de l'armée à qui l'on impose de longues marches auxquelles ils ne sont pas habitués. Elles peuvent aussi survenir chez des sportifs à la suite d'un surentraînement (ex des fractures des danseurs et des coureurs). Ces fractures sont souvent partielles et difficiles à voir sur les radiographies (visibles à la scintigraphie osseuse).

 

LES TRAITS DES FRACTURES

 

- Les fissures osseuses

Les fissures se produisent lors de traumatismes minimes. Il n'y a qu'une fissure plus ou moins complète, sans aucun déplacement et le trait peut être difficilement visible sur les radios initiales. Souvent, on voit mieux le trait sur des radiographies faites 15 jours plus tard, en raison de l'ostéoporose qui se développe de part et d'autre de la fracture dans les suites immédiates de toute fracture (Il est classique que les fractures du scaphoïde carpien ne se voient parfois que sur les radios après une quinzaine de jours). Ces fractures consolident habituellement spontanément  (seules les fissures du scaphoïde carpien et du col fémoral peuvent consolider difficilement). Les fissures des petits os invisibles sur des radiographies simples peuvent, en cas de doute, justifier des examens complémentaires pour le diagnostic: scanner ou scintigraphie osseuse.

 

- Les fractures en "bois vert"  (voir chapitre des fractures de l'enfant).

Il s'agit d'une forme très particulière de fracture diaphysaire ou métaphysaire de l'enfant. Une corticale est incomplètement fracturée et elle tient surtout grâce au périoste qui joue le rôle de charnière. L'angulation est parfois importante mais les fragments sont stables et ne bougent pas lors des manipulations à l’examen, contrairement aux fractures habituelles des membres.

                             

Fractures en bois vert de l’avant-bras

- Les traits des fractures habituelles

 

1° Trait de fracture transversal

Un trait transversal est lié habituellement à un traumatisme par choc direct très violent. La peau est souvent contuse par l'élément contondant, elle peut même être ouverte.

- Ce type de fracture transversale est dit "stable" car lorsque la réduction (par traction sous anesthésie) aura permis de remettre les fragments l'un en face de l'autre, on pourra conserver la réduction par un plâtre, c'est le traitement orthopédique. On verra que les fractures transversales des diaphyses se prêtent très bien aussi au traitement chirurgical par enclouage centro-médullaire. Le caractère transversal "stable" est favorable pour une reprise précoce de la marche avec appui sur le membre, après la mise en place d'un gros clou à l'intérieur du canal médullaire de l'os.

                  

Fractures transversales de la jambe et du fémur

2° Trait oblique ou spiroïde 

Un trait de fracture oblique ou spiroïde résulte de traumatismes indirects. Le trait de fracture tourne autour de la diaphyse comme une spirale. L'élément de torsion est prédominant. 

Lorsqu'il n'y a pas de déplacement, la consolidation est très rapidement obtenue car la surface de contact des fragments est importante.Il y a des fractures spiroïdes courtes où le trait a quelques cm de longueur et des fractures spiroïdes longues où le trait peut avoir 12 cm ou plus.

Lorsqu'il y a des déplacements, ils sont difficiles à corriger et à stabiliser par les méthodes orthopédiques. Des déplacements secondaires peuvent en effet se reproduisent à cause de la contraction des muscles qui tend à créer un chevauchement et une translation des fragments, même sous plâtre.

3° Fractures comminutives

 

Les fractures comminutives se caractérisent par le fait qu'il y a  plus de 2 fragments osseux et quelquefois une grande quantité de fragments. Souvent il n'y a qu'un fragment intermédiaire en "aile de papillon" c'est la forme la plus simple des fractures comminutives.

Elles surviennent au cours de traumatismes directs ou complexes très violents et sont souvent accompagnées de lésions des parties molles, des muscles des vaisseaux et des nerfs. Elles sont particulièrement instables.

Une ouverture cutanée, fréquente dans ces cas, contre-indique toute ostéosynthèse fermée et le fixateur externe est alors fréquemment utilisé.

Dans les fractures fermées on peut réaliser un enclouage à foyer fermé (en ajoutant un dispositif de "verrouillage" pour empêcher la rotation des fragments.

 

                

Fracture avec aile de papillon.  Fractures comminutives du tibial, du genou et de l’épaule.          Fracture à double étage

 

4° Fractures à "double étage"

 

Dans les fractures à double étage, il y a 2 traits de fractures transversaux ou obliques qui séparent un moins grande. Ces fractures sont instables. Le fragment intermédiaire peut avoir une vascularisation très précaire en raison de la séparation complète du reste de l'os et la consolidation peut en être retardée. Le traitement orthopédique sera difficile car l'on n'aura aucune prise sur le fragment intermédiaire. Le traitement chirurgical devra éviter de dévasculariser ce fragment ce qui exclut une ostéosynthèse par plaque au profit d'un clou cento-médullaire.

 

5° Les fractures engrenées

On dit que les fragments sont "engrenés" lorsqu'il y a impaction d'un fragment dans l'autre. Cela ne se produit que dans les épiphyses et les métaphyses qui sont riches en os spongieux. Ces fractures consolident bien, mais il faut se méfier des déplacements secondaires (fractures fréquentes au col du fémur et au col de l'humérus et 'à l'extrémité inférieure du radius).

 

6° Les fractures par compression

 

Les fractures par compression sont caractéristiques des fractures des corps vertébraux. La partie antérieure du corps se tasse alors que le mur postérieur reste intact. La consolidation est rapide mais il y a un tassement résiduel avec une vertèbre qui présente une forme trapézoïdale.

 

7° Les fractures-arrachement des apophyses

 

Les insertions sur les os de certains tendons peuvent être arrachées lors de traumatismes (souvent liés au sport). On peut voir un déplacement  du fragment osseux qui s'explique par la rétraction du muscle correspondant : Grand et petit trochanter, trochiter de l'humérus, épitrochlée, tubérosité tibiale, styloïde du 5ème métatarsien sont les tubérosités ou apophyses le plus souvent arrachées. Seul le traitement chirurgical précoce peut permettre une fixation solide et en bonne position des fragments (par des petites vis ou des fils trans-osseux).

   

                     Fracture du petit trochanter         Fract. du grand trochanter                   Fracture de la tubérosité tibiale

 

DÉPLACEMENT DES FRACTURES

 

De nombreuses fractures ne se déplacent pas (cf ci-dessus : fractures de fatigue, fissures et certaines fractures de l'enfant). Un déplacement ne peut s'évaluer que si l'on dispose de deux clichés de face et de profil. Un déplacement peut combiner plusieurs déplacements élémentaires.

- La translation

 

La translation peut être plus ou moins importante. Les fragments peuvent rester "accrochés" par une partie de la surface fracturaire. Au maximum la translation est telle qu'il n'y a plus aucun contact entre les fragments et qu'il se produit alors un chevauchement.

 

 

 

- Le chevauchement

Le chevauchement correspond à un recouvrement longitudinal des fragments en présence. Il n'existe dans les fractures transversales, que s'il y a une translation complète. Dans les fractures obliques ou spiroïdes, le chevauchement est très fréquent et il se combine à la translation.

 

 

- L'angulation

L'angulation existe dans le plan frontal : en abduction ou en valgus et en adduction ou en varus ou dans le plan sagittal  : angulation antérieure ou antecurvatum et angulation postérieure encore appelée recurvatum. C'est probablement le type de déplacement le plus important à corriger en raison des séquelles possibles très gênantes surtout au niveau du membre inférieur. Le moindre défaut angulaire est susceptible d'avoir un retentissement sur la fonction des articulations sus et sous jacentes. Une consolidation en varus de la jambe, par exemple, entraînera une surcharge interne du genou et de la cheville.

 

 

- Le décalage ou rotation

 

Le décalage ne doit pas être confondu avec la translation. C'est le déplacement le plus difficile à apprécier sur les radios. Les radiographies ne permettent qu'une approximation dans les fractures transversales. Dans les fractures obliques, la rotation est plus visible. L'examen visuel comparatif avec l'autre côté montre les gros défauts de rotation.

Les déplacements sont presque toujours combinés et ils doivent soigneusement être analysés dans les 3 plans.

Les consolidations dites "vicieuses" en rotation peuvent être très gênantes. On peut les mesurer précisément avec le scanner.

Rotation externe du fragment distal   Cal vicieux en rotation externe

 

DÈS L'ARRIVÉE, il faut etablir LA "CARTE D'IDENTITÉ" DE LA FRACTURE

 

Une fracture se définit par l'énumération de toutes ses caractéristiques et le médecin qui reçoit un blessé doit établir une véritable "carte d'identité" de la fracture en notant : le côté atteint, le ou les os fracturés, le niveau, la forme du trait et des fragments, les déplacements dans les 3 plans, l'ouverture ou non de la peau et les lésions des parties molles (muscles, nerfs, vaisseaux).

 

CONDUITE A TENIR DEVANT UNE FRACTURE DES MEMBRES

 

Prenons pour exemple, une fracture diaphysaire du membre inférieur (fémur ou tibia).

 

L'interrogatoire

 

Un interrogatoire précis est indispensable et s'enquiert des modalités précises de l'accident (sport, route, accident du travail. etc..)

- L'horaire est important, surtout dans les fractures ouvertes, où le risque d'infection est d'autant plus important que le délai est long avant le nettoyage du foyer et l'antibiothérapie.

- La douleur est constante et le blessé a perçu un craquement douloureux caractéristique.

- L'impotence du membre est complète.

- Le mécanisme du traumatisme doit être reconstitué par l'interrogatoire.

 

L'examen recherche d’emblée

 

- Les signes de choc

Les signes de choc sont très fréquents : pâleur, lipothymies, accélération du pouls et surtout chute de la tension artérielle (qui n'est pas toujours liée à une hémorragie correspondante mais en rapport avec la douleur, qu'il faut calmer). Certaines fractures, mêmes fermées, sont réputées très choquantes non seulement par l'hémorragie qui peut les accompagner (une fracture diaphysaire du fémur peut très bien s'accompagner d'un hématome de 500 ml à 1 litre), mais le choc peut s'expliquer par le seul déplacement de la fracture. Une cuisse qui présente une angulation ou un important chevauchement, voit le choc céder dès lors que le membre est immobilisé en bonne position et surtout, avec l'installation d'un système de traction longitudinale qui réduit ou, au moins, aligne la fracture (1 simple traction manuelle au début).

 

- l'examen cherche ensuite à faire le bilan local du membre fracturé après avoir éliminé, chez un polytraumatisé, l'existence d'autres fractures associées.

 

Il faut voir et palper :

- Localiser la fracture par la douleur.

- Le déplacement. Une angulation et un vice de rotation sont souvent évidents au premier coup d'oeil, par l'examen comparatif avec le membre opposé. On peut très bien essayer de changer délicatement la position pour réduire un déplacement important et diminuer ainsi les conséquences du déplacement osseux sur les éléments vasculo-nerveux (pouls et sensibilité)

- La peau peut être contuse, présentant un aspect bleuté à cause de l'impact, ou un aspect oedémacié. Une esquille osseuse peut pointer sous la peau et la menacer d'ouverture de dedans en dehors. D'autres impacts peuvent permettre de reconstituer le mécanisme du traumatisme.

- L'ouverture cutanée, si elle existe, est notée ainsi que la taille de la plaie et l'aspect de ses bords. Ses conséquences sont importantes (cf chapitre des complications). Il faut noter si elle est souillée par de la terre, des graviers, des débris de verre, de l'herbe, du goudron des fragments de tissu etc..

- Il faut noter immédiatement l'état vasculaire et nerveux du membre (recherche des pouls périphériques, sensibilité et chaleur des extrémités et motricité distale).

- Si la fracture est vue plus tard, l'examen est perturbé par :

     . l'oedème parfois très important,

     . Les ecchymoses envahissent le membre à partir du foyer de fracture,

     . Les phlyctènes cutanés qui peuvent se développer sur la peau et gêner le traitement ultérieur.

       (empêchant la confection d'un plâtre ou obligeant à différer les interventions d'ostéosynthèse).

 

Le bilan radiographique

Les radiographies viennent ensuite confirmer le diagnostic fait par l'examen clinique. Il doit comporter au moins un cliché de face et de profil de l'os comprenant aussi les articulations sus et sous jacentes. Tous les déplacements seront ensuite notés et l'on sera alors en mesure de choisir le traitement le plus adéquat après avoir ainsi évalué toutes les caractéristiques de la fracture et les éléments  du pronostic.

 

EVOLUTION - LA CONSOLIDATION DES FRACTURES

 

Une fracture est une solution de continuité brutale qui perturbe l'appareil locomoteur par l'interruption de la transmission des charges. Cela déclenche un processus de réparation qui est  l'ostéogenèse réparatrice avec reconstitution de la continuité solide de l'os.

La fracture vient perturber un tissu structuré, vivant, vascularisé et en perpétuel remodelage, qui assure sa maintenance biologique et mécanique. C'est parce que le collagène, les minéraux et la substance fondamentale sont perpétuellement remplacées, que l'os voit sa fonction se pérenniser (à un rythme qui ralentit d'ailleurs avec l'âge).

Il importe avant tout de ne pas gêner l'ostéogénèse naturelle mais plutôt de la favoriser. La qualité de la consolidation sera directement liée au choix du traitement. Mais avant d'indiquer les moyens thérapeutiques il importe de bien connaître les modalités de la consolidation des fractures.

La consolidation est un phénomène physiologique complexe au cours duquel on assiste à la cicatrisation du tissu osseux. La consolidation doit beaucoup au périoste à l'hématome périfracturaire et aux sollicitations mécaniques. Nombreuses ont été les théories concernant la consolidation de l'os mais on peut aujourd'hui faire schématiquement la synthèse suivante :

Toutes les fractures consolident en traversant 3 phases principales :

1er stade : L'hématome - La réaction inflammatoire  (J 1 à J 20)

Tout foyer de fracture est envahi par un hématome. Cet hématome se transforme rapidement et s'organise avec l'apparition de néo-vaisseaux provenant des tissus sains environnants. Du tissu fibreux vascularisé remplace peu à peu l'hématome. La prolifération cellulaire est déjà intense 24 heures après l'accident. Les extrémités osseuses sont dévitalisées sur plusieurs millimètres.

 

2ème stade : Le cal conjonctif (J 20 à J 30)

 

Le foyer de fracture acquiert peu à peu une certaine stabilité grâce au développement de ce cal fibreux, on dit qu'il "s'englue". La mobilité diminue, les fibres collagènes sont remplacées par des sels minéraux qui se déposent. Le tissu fibro-vasculaire présente une métaplasie cartilagineuse puis osseuse définissant alors un cal primaire.

L'apport vasculaire augmente la tension d'oxygène responsable de la transformation des chondrocytes périphériques en ostéocytes. De plus des ostéoclastes apparaissent qui commencent à résorber les extrémités osseuses dévitalisées. La quantité de chondrocytes est variable, elle est plus importante si des mouvements excessifs existent aux extrémités. Dans le même temps, une activité identique a commencé dans la région médullaire.

 

3ème stade : L'ossification du cal (J 30 à J 60)

 

Les cellules osseuses envahissent le cal conjonctif et le cal osseux commence à apparaître sur la radio progressivement, à partir du 30ème jour, plus tôt chez l'enfant et plus tard chez le vieillard. Il y a un cal périosté qui se développe en périphérie et un cal endosté qui se forme dans la cavité médullaire. Les contraintes en compression et en traction sont très utiles au développement du cal. Le cal se modèle et s'organise en formant une jonction efficace entre les 2 fragments, à condition que l'espace entre eux soit minime et que la brèche périostée soit  petite. Même si les fragments osseux ne sont pas en face l'un de l'autre, le cal périphérique peut néanmoins s'unir au cal endosté.

    

                 Transformation du cal fibreux en cal osseux                      Quelques cas de cals osseux obtenus par le plâtre

 

Finalement, les ostéoclastes peuvent atteindre et traverser le trait de fracture grâce aux néo-vaisseaux et les ostéoblastes vont reconstituer un système osseux "haversien" normal. La formation d'une nouvelle corticale avec rétablissement d'une continuité entre les canaux de Havers (cf cours d'histologie), n'est possible que s'il n'y a plus de tissu fibreux dans l'espace. Le cal s'adapte ensuite aux conditions mécaniques et se "corticalise" pendant de nombreux mois.

Le cal se remodèle et s'adapte dès qu'il est soumis aux contraintes de l'appui. Toute trace de la fracture peut même disparaître chez un enfant, mais ce phénomène est moins net chez l'adulte. Chez l'enfant, on peut même voir se corriger des petits défauts angulaires. Les défauts de rotations par contre ne sont pas susceptibles de se corriger spontanément.

Chez l'adulte on ne peut espérer aucune modification lorsqu'il existe des défauts d'axes.

Outre les facteurs mécaniques, des facteurs circulatoires, hormonaux, nutritionnels, bioélectriques, interviennent dans la consolidation dans des proportions difficiles à quantifier. Nous étudierons surtout les facteurs liés à la localisation, aux complications et au traitement.

 

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LES FACTEURS qui INFLUENCENT LA CONSOLIDATION

 

            - La consolidation varie avec le type d'os concerné :

L'os spongieux consolide en 6 semaines (métaphyses et épiphyses sont riches en spongieux).

L'os cortical des diaphyses consolide plus lentement, en 9 à 18 semaines.

 

            - La consolidation varie avec l'âge :

l'enfant consolide précocement, mais la rapidité de la consolidation diminue avec l'âge et atteint ses plus longs délais chez le vieillard (Ex: pour un fémur, entre 4 et 8 semaines, alors que chez l'adulte le délai est de 3 à 6 mois).

Les cals de l'enfant peuvent se remodeler beaucoup, contrairement à ceux de l'adulte.

            - La consolidation est retardée par une immobilisation insuffisante du foyer de fracture.

            - La consolidation est impossible si les fragments sont maintenus écartés l'un de l'autre par des parties molles interposées (muscles, par exemple) ou par un excès de traction avec un écart large entre les fragments.

            - La consolidation est toujours perturbée s'il y a une infection. Il n'existe jamais d'infection spontanée sur une fracture fermée. Les infections surviennent toujours sur des fractures ouvertes ou sur des fractures opérées par ostéosynthèse avec apport de germes pendant l’opération (par une faute d'asepsie). Le matériel joue alors un rôle de corps étranger et il empêche, par sa présence, la guérison d'une infection et par là même, la consolidation. Il faut l'enlever (et si possible le remplacer par un fixateur externe). L'infection osseuse ou ostéite aboutit à une dévascularisation osseuse et l'ablation du tissu osseux mortifié est nécessaire. L'absence de consolidation est fréquente dans ces cas qui justifient des opérations de nettoyage et d'excision de l'ostéite et des greffes osseuses sont souvent nécessaires. Il est toujours difficile d'obtenir la consolidation dans ces conditions et les délais sont longs.

            - La consolidation est perturbée lorsque la vascularisation de l'os est diminuée ou supprimée par le trait de fracture (ex: tête fémorale dans les fractures du col ou fracture du scaphoïde carpien) car un des fragments est alors pauvre en vaisseaux.


 


Schéma montrant la durée moyenne de consolidation des fractures de l'adulte.

 


La consolidation des fractures diaphysaires est retardée par les ostéosynthèses par plaques

 

            Une ostéosynthèse à foyer ouvert provoque d'emblée plusieurs inconvénients par rapport à une consolidation spontanée. En effet, l'évacuation de l'hématome fracturaire, lors de l'abord du foyer de fracture pour réaliser la réduction et la fixation métallique, va priver le foyer d'un élément dont le rôle est important, comme nous l'avons vu plus haut. Ceci explique en grande partie le retard apporté à la consolidation. Par ailleurs le geste chirurgical lui même, avec ses manœuvres de réduction et l'exposition obligatoirement large des fragments pour placer une plaque, entraîne des lésions des vaisseaux qui risquent de retentir sur la vascularisation des extrémités osseuses et sur la rapidité des mécanismes de la consolidation.

D'autres facteurs sont liés au caractère rigide de l'ostéosynthèse. lorsqu'il y a une ostéosynthèse rigide, le cal osseux externe ne se développe pas ou très peu. La consolidation se fait lentement par la formation d'os cortical nouveau entre les fragments osseux. C'est ce qui se produit lors d'une ostéosynthèse par plaque vissée. La plaque prend en charge les contraintes et court-circuite le foyer d'ostéosynthèse. La rigidité de l'os et de la plaque peut être améliorée par la mise en compression des fragments (par un système spécial utilisé lors de l'opération), mais la consolidation se fait néanmoins sans cal extérieur notable et très lentement. C'est la raison pour laquelle il ne faut pas enlever le matériel d'ostéosynthèse trop rapidement. On admet que le délai de 18 mois est indispensable pour enlever une plaque, afin que la "corticalisation" soit suffisante.

Le cal obtenu après une ostéosynthèse rigide par plaque est longtemps beaucoup plus fragile que le cal volumineux obtenu spontanément par le traitement orthopédique. Ceci s'explique en particulier par le volume du cal et le calibre de l'os. Lors d'une ostéosynthèse par plaque, le cal ne dépassera que très peu ou pas du tout, le diamètre de l'os normal et tant que la corticalisation complète ne sera pas obtenue, il sera fragile et susceptible de se recasser (d'où le nombre important des fractures itératives après ablation de matériel trop précoce). Au contraire, le cal obtenu spontanément par le traitement orthopédique a un très gros diamètre, qui est bien supérieur au diamètre de l'os normal et sa solidité est proportionnelle à l'importance du diamètre.

 

Consolidation  d'un tibia d’enfant avec le traitement orthopédique. Remodelage du cal entre 8 mois et 29 mois

 

                  

Fractures du tibia et du fémur parfaitement réduites et fixées par des plaques, avec consolidation anatomique, mais sans cal exterieur visible.

 

La consolidation osseuse lors des enclouages centro-médullaires à foyer fermé

 

            Ce type d'ostéosynthèse ne présente pas les inconvénients signalés pour les ostéosynthèses par plaque, à foyer ouvert. L'opération consiste à introduire dans la diaphyse par l'extrémité de l'os (du fémur, du tibia ou de l'humérus) un gros clou du calibre du canal osseux, sans ouvrir la fracture. La réduction se fait par traction sur une table d'opération spéciale (table orthopédique) qui permet d'obtenir l'alignement des fragments. L'introduction du clou centro-médullaire se fait par l'extrémité proximale de l'os par une courte incision et sous le contrôle de l'amplificateur de brillance et avec écran télévisé. L'absence d'ouverture du foyer de fracture évite la dévascularisation des fragments et préserve l'hématome périfracturaire.

Un enclouage centro-médullaire est solide et permet une mobilisation et une reprise de la marche avec appui progressif rapide (lorsqu'il s'agit de fractures simples). Les sollicitations mécaniques activent la consolidation grâce à une succession fréquente de sollicitations en compression et en traction. La qualité du cal est équivalente à celle d'un cal spontané et la protection par le clou permet  un appui précoce.

L'enclouage centro-médullaire est la méthode de choix dans les fractures diaphysaires où elle doit complètement remplacer les plaques vissées. Par contre, dans les fractures métaphysaires on peut utiliser des plaques vissées, bien que l'enclouage claveté ou "verrouillé" (à l'aide de vis transversales qui traversent l'os et le clou)  puisse aussi être utilisé avec succès.

      

Bonne qualité habituelle du cal obtenu après enclouage centro-médullaire au tibia, à l’humérus ou au fémur

 

La consolidation osseuse lors de la traction continue des fractures

 

            - L'enclouage centro-médullaire ne peut malheureusement pas être réalisé dans tous les cas de fractures diaphysaire des os longs, en particulier chez l'enfant où il est contre-indiqué, en raison du risque très important que l'on ferait courir à la croissance si l'on traversait le cartilage de conjugaison métaphysaire. On peut néanmoins utiliser la méthode de Métaizeau avec de petits clous élastiques dans certains cas (voir plus loin).

La traction osseuse représente parfois un excellent moyen. Pour les fractures diaphysaires du fémur de l'enfant, par exemple, l'extension est ici bénéfique car elle assure réduction et contention par l'alignement des fragments. Elle rétablit la longueur initiale des muscles et elle favorise la mobilisation des articulations. Cette mobilisation entraîne aussi des mouvements dans le foyer de fracture mais ces contraintes, si elles ne sont pas excessives, entraînent un effet stimulant sur la consolidation.

La traction peut être appliquée sur un dispositif adhésif (pour les enfants légers) ou par l'intermédiaire d'une broche de traction chez les enfants plus grands. Il faut éviter les complications infectieuses au niveau de la broche de traction avec une bonne technique de mise en place et de bonnes conditions d'asepsie.

Il faut ensuite surveiller la traction pour éviter qu'elle ne soit trop importante et éviter de créer un écart entre les fragments (radiographies successives). Au prix de quelques précautions, il n'y a pas de complications liées à ce traitement.

L'immobilisation plâtrée qui fait suite à cette traction après quelques semaines, est bénéfique aussi car elle n'entraîne pas une immobilisation rigoureuse et les petits mouvements favorisent la consolidation. Cependant, certains types de mouvements sont néfastes pour l'évolution du cal, ce sont les torsions et les mouvements en flexion qui déforment le cal. Les contraintes favorables sont en compression et en traction.

La traction continue des fractures est rarement un traitement  utilisé jusqu'au bout et un plâtre prend le relais. Chez l'adulte, la traction continue à l'aide d'une broche trans-osseuse et d'un étrier est un traitement d'attente lorsque l'on ne peut faire le traitement par une méthode classique en raison de conditions locales défavorables ou de conditions générales critiques, chez un polytraumatisé qui nécessite des soins plus urgents.

      

Traction collée pour réduction du fémur de l’enfant  Traction par broche dans les condyles, le calcaneum ou l’olécrâne

 

L'appui est facteur de consolidation osseuse

 

            La mise en appui précoce de toute fracture est bénéfique si la réduction n'est pas menacée. L'appui sera immédiat sur les fractures diaphysaires transversales, après la mise en place d'un clou. Il sera bien sûr plus tardif après la réduction orthopédique d'une fracture et la confection d'un appareil plâtré (au minimum 6 semaines pour une fracture de jambe de l'adulte et après confection d'un nouvel appareil dit de marche).

 

Le choix du traitement

 

            Le choix de la méthode de traitement repose sur la connaissance des mécanismes de consolidation et il importe, en premier lieu, de ne pas gêner la consolidation. La difficulté du traitement des fractures réside dans le choix du procédé le plus adapté à la localisation de la fracture, aux conditions locales et générales (âge et état général) et qui ne perturbera pas la consolidation mais tout au contraire, la favorisera.

Le choix d'une ostéosynthèse au lieu du traitement orthopédique est licite si le risque d'infection est nul ou minime et si le bénéfice pour la reprise de la fonction est évident. Si ces deux conditions ne sont pas réunies, il vaut mieux s'adresser au traitement orthopédique.

Les deux méthodes sont complémentaires et elles nécessitent toutes deux beaucoup de soin et une surveillance stricte.

Les indications thérapeutiques dépendent de ces nombreux facteurs et sont très variables également en fonction des habitudes de chaque chirurgien. Il ne saurait être question de traiter les indications en un seul chapitre et elles seront détaillées pour chaque fracture dans le chapitre correspondant.

Nous allons étudier les différentes modalités thérapeutiques et leurs principes généraux

 

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LE TRAITEMENT DES FRACTURES

Principes généraux

 

Dans la période initiale, il faut :

- Calmer la douleur et  traiter le choc s'il existe, avant tout.

- Immobiliser provisoirement par une attelle plastique ou gonflable.

Dès qu'un bilan clinique complet a pu être fait, le bilan radiologique est réalisé et il permet de juger si une simple immobilisation peut suffire ou s'il faut au contraire envisager une réduction.

La présence de lésions viscérales ou crâniennes associées fait toujours passer au deuxième plan le traitement des fractures des membres.

Toute plaie sera débridée, parée et fermée sur un drainage efficace si elle est fraîche.

Le drainage aspiratif de Redon est le plus efficace et le rigoureux.

Une plaie ne sera pas fermée si elle est souillée, en particulier par de la terre, ce qui ferait courir le risque d'une surinfection à germes anaérobies.

Le traitement antibiotique préventif sera systématique, de même que la prévention du tétanos (sérothérapie et vaccination).

 

Dans la deuxième période, la méthode choisie devra assurer :

- La consolidation "per primam" de la fracture dans de bonnes conditions.

- La récupération fonctionnelle du membre.

- L'évolution sera fonction de la qualité de la réduction et de la contention.

 

La réduction

 

La réduction sera réalisée sous anesthésie générale, le plus souvent,  ou sous anesthésie loco-régionale (par exemple, pour le poignet). Les manœuvres seront dictées par l'analyse du déplacement sur les radiographies de face et de profil. Chaque cas est un cas particulier. La traction est l'élément constant à toute réduction. Elle peut être appliquée manuellement ou par des systèmes externes divers. Elle doit être très progressive.

 

L'immobilisation : plâtre ou ostéosynthèse ?

 

- L'immobilisation plâtrée : Elle est indiquée dans les fractures non déplacées ou facile à réduire. La confection d'un plâtre ainsi que la surveillance obéissent à des règles strictes.

 

- La réduction chirurgicale et l'ostéosynthèse sont indiquées lorsque la réduction est impossible par les méthodes orthopédiques (par ex : avant bras de l'adulte) ou lorsque la tentative de réduction orthopédique s'est avérée insuffisante. Une réduction chirurgicale est indiquée dans les fractures articulaires où le rétablissement anatomique des surfaces articulaires est indispensable pour préserver la fonction. Une ostéosynthèse est aujourd'hui systématiquement indiquée pour les fractures diaphysaires à cause des avantages de l'enclouage centro-médullaire.

 

     Les avantages de l'ostéosynthèse sont :

            - La stabilité du foyer de fracture

            - La possibilité de rééducation rapide des articulations voisines

            - La reprise d'appui précoce après les enclouages centro-médullaires stables

            - Un séjour hospitalier court

            - Un rétablissement rapide de la fonction

     Les inconvénients de l'ostéosynthèse sont :

            - Une anesthésie plus longue que pour le traitement orthopédique

            - Un risque d'infection possible (retard de consolidation et pseudarthrose avec ostéite)

            - Une instrumentation pus ou moins complexe est indispensable

 

Dans les 2 cas une prévention des complications thrombo-embolique doit être systématique.

LE TRAITEMENT ORTHOPÉDIQUE DES FRACTURES

 

Le traitement orthopédique comprend la manœuvre de réduction et la contention des fractures.

 

1- Traitement des fractures non déplacées

Les fractures non déplacées sont simplement plâtrées. Des radiographies de contrôle de la fracture sous plâtre sont réalisées ensuite et elles seront répétées à intervalles variables pour dépister les déplacements secondaires (au 5ème et au 15ème jour pour une fracture instable du poignet).

 

2- Réduction des fractures déplacées

 

La réduction est réalisée par des manœuvres adaptées aux différentes localisations.

On doit toujours combiner des manœuvres dictées par la nature des déplacements étudiés sur les radiographies. Lorsqu'il y a un important chevauchement des fragments, la simple traction peut se révéler insuffisante et il faut parfois imprimer une forte angulation pour désenclaver les fragments (comme dans la fracture du poignet).

On peut s'aider de dispositifs de traction permettant une action plus progressive et prolongée. Par exemple, l'utilisation des "doigts japonais" permet de tirer sur les doigts pendant qu'un poids est appliqué sur l'avant-bras afin d'obtenir la réduction progressive des fractures des 2 os de l'avant bras ou de l'extrémité inférieure du radius (obtenues en général en 10 à 20 mn)

 

             .

           Réduction manuelle d’une fracture très déplacée    Réduction progressive par traction sous AG

 

Des contrôles radiographiques ou radioscopiques permettent de guider les manœuvres complémentaires pour parvenir à une réduction correcte. Le plâtre est ensuite confectionné dans la position de réduction.

Pour le membre inférieur, on peut installer une traction continue. On utilise souvent une broche trans-osseuse et un étrier de traction. Cette méthode, comme nous l'avons vu plus haut, peut être utilisée comme procédé de réduction et d'attente lorsqu'il existe des plaies et qu'une ostéosynthèse est prévue dans un 2ème temps. On peut également utiliser cette méthode de traction continue comme seul traitement jusqu'à la consolidation et confectionner au bout de 6 semaines un plâtre (exemple des fractures du fémur très comminutives ou des fractures chez des sujets inopérables pour d'autres lésions associées). C'est aussi la méthode de traitement des fractures du fémur de l'enfant pour lesquels on installe une traction collée orientée au zénith pendant  3 semaines, avant de confectionner un plâtre.

 

- Pour la réduction sous anesthésie des fractures, on peut s'aider de dispositifs de traction particuliers : cadre de TRILLAT pour les fractures de la jambe, permettant le contrôle par radioscopie télévisée.

 

Cadre de traction de Trillat et étrier calcanéen           Réduction vérifiée par radioscopie F et P

   

Confection du plâtre sur jersey et mousse  Changement après 30 à 45 j pour un plâtre en flexion légère

 

3 - La contention par un appareil plâtré

 

Les bandes plâtrées sont de plus en plus remplacées, actuellement, par des bandes en résine. Le plâtre est néanmoins plus facile à modeler pendant son application sur un membre et on peut le "travailler" pendant quelques minutes avant qu'il durcisse, contrairement à la résine qui polymérise rapidement. Le plâtre a l'inconvénient d'être plus pesant. Les principes de réalisation sont les mêmes et la surveillance de tous les appareils d'immobilisation obéit aux mêmes principes.

 

A / Confection d'un plâtre

 

La confection d'un plâtre demande beaucoup de soin. Les problèmes sont différents s'il s'agit d'un plâtre appliqué sur la colonne ou à l'extrémité d'un membre, au poignet par exemple.

    Il s'ajoute aux difficultés techniques proprement dites de la confection du plâtre, des difficultés supplémentaires s'il faut en même temps assurer la réduction d'une fracture et modeler le plâtre.

    Le plâtre "prend" vite et il faut donc être très rapide et avoir beaucoup d'entraînement, dans certains cas, pour parvenir à finir le plâtre avant qu'il ne soit trop tard pour le modeler, le travailler, le lisser.

    Un plâtre doit rester léger, bien ajusté, toujours bien garni et il faut toujours le fendre avec une scie quand il  est circulaire  afin d’éviter la compression dans l'éventualité d'un œdème.

Il doit immobiliser les articulations sus et sous-jacentes à la fracture.

 

Le matériel

 

On doit tout préparer à l'avance pour ne pas être pris de court par le durcissement. Les bandes plâtrées ont des tailles variables et elles doivent être choisies en fonction de l'importance de l'appareil à faire. Ne pas les sortir de l'emballage protecteur trop longtemps à l'avance.

Plusieurs catégories de bandes plâtrées existent qui possèdent des temps de prise différents. On a intérêt à prendre des bandes à prise plus lente si l'on prévoit une confection plus longue, par exemple pour un lombostat.

 

- Le jersey tubulaire

Un jersey est déroulé sur le membre. Il doit avoir un calibre bien adapté à la taille du membre pour éviter des plis et des reliefs qui pourraient entrer en conflit avec la peau. On peut mettre deux épaisseurs de jersey ce qui aura de plus l'avantage de faciliter l'ouverture, au moment de l'ablation

de l'appareil. Les bagues seront enlevées lors d'un plâtre au membre supérieur.

 

- Le matériel de rembourrage

Il varie selon les habitudes  de chacun. Le coton simple doit être évité car il est trop mouillable. Le coton cardé est utilisé par certains mais il n'est pas facile à répartir de façon homogène. Il est plus pratique d'utiliser des bandes spéciales en mousse ou en tissu aéré, que l'on peut répartir à la demande en garnissant les zones à protéger. Les plaques de feutre sont utilisées surtout pour garnir les reliefs osseux pour les plâtres volumineux (colonne ou pelvi-dorso-pédieux).

 

Règles générales pour confectionner un plâtre

 

1° - On peut confectionner une simple gouttière plâtrée, réalisée par une plaque faite de plusieurs épaisseurs de bandes plâtrées. Le nombre d'épaisseurs dépend du volume du segment à immobiliser (de 6 pour un poignet à 12 pour une jambe). L'attelle est ensuite taillée aux dimensions exactes du membre et ajustée.

Le temps de trempage de l'attelle est variable selon les marques (10 à 30 secondes) dans une eau tiède à 25°. L'essorage se fait avec précautions pour ne pas trop éliminer de plâtre. L'attelle est étirée et ensuite appliquée sur le membre recouvert de jersey et garni. Une bande élastique rapidement déroulée par dessus le plâtre en évitant toute striction, permet de le maintenir 2 à 3 minutes pendant la prise et la bande sera remplacée ensuite par une bande sèche. Ce type de plâtre peut être "circularisé" ultérieurement lorsque le risque d'œdème diminue. La circularisation se fait simplement en déroulant quelques tours de bandes de plâtre par-dessus

 

  

Confection d'une gouttière plâtrée simple avec une attelle faite de plusieurs épaisseurs. Essai d’application sur le membre pour ajuster la taille. Mise en place d’un jersey + capitonnage avec des bandes de mousse.

 

    

L’attelle est trempée puis essorée et aappliquée sur le bras et moulée avec des bandes de gaze.

Exemple de la préparation d’une attelle pour fabriquer une gouttière pour l’avant-bras ou la jambe

 

2° - On peut confectionner aussi un appareil plâtré circulaire avec des spires renforcées par une attelle faites avec quelques couches, puis à nouveau des spires circulaires. Cet appareil est plus résistant qu'une simple attelle.

                                  

Confection d’appareils plâtrés circulaires bien garnis

 

Un plâtre circulaire au niveau d'un membre peut être confectionné de 2 façons :

 

- La première méthode consiste à dérouler les bandes sans les serrer, lisser soigneusement pour le rendre homogène (et augmenter sa résistance) et le modeler soigneusement. On attend que le plâtre soit sec et dur pour le fendre à la scie électrique. On doit alors donner 2 traits de scie rapprochés de 5 mm et enlever le plâtre entre ces 2 traits. C'est la manière classique. On pourra écarter les berges secondairement, en cas d'œdème.

- La deuxième méthode consiste à dérouler les bandes en les serrant fortement par dessus une garniture épaisse et à bien lisser et modeler jusqu’à la prise.  Mais il ne faut pas attendre que tout soit sec et dur pour fendre le plâtre : on le fait alors avec un bistouri, au moment précis ou le plâtre prend la consistance d'un carton un peu humide. Le bistouri coupe le plâtre sans danger pour la peau sous jacente si le rembourrage a été abondant. On voit alors les 2 berges du plâtre s'écarter dès la progression du bistouri et le plâtre sèche sans provoquer de compression du membre. Ainsi le plâtre est mieux adapté à la forme du membre.

                 

Plâtre circulaire ouvert après séchage avec la scie électrique - Plâtre circulaire fendu avec un bistouri au moment de la prise. Il faut que l'épaisseur de la garniture soit importante pour protéger la peau.

 

TOUT PLÂTRE CIRCULAIRE DOIT ÊTRE FENDU

afin d’éviter une compression due à l'œdème.

Un plâtre circulaire n'a pas besoin d'être épais puisque sa résistance est grande, comme celle de toute "structure tubulaire", il est donc relativement léger, alors qu'une attelle comprenant jusqu'à 12 épaisseurs est plus lourde.

Les extrémités des appareils plâtrés doivent être particulièrement soignées. Le jersey est rabattu sur le plâtre et une ou deux circulaires de plâtre recouvrent le rebord. Le lissage permettra un finissage soigné.

Il ne faut pas modifier la position du membre au cours de la prise du plâtre car cela peut produire des reliefs donc des zones de compression possible.

Un pansement ne doit pas être abandonné sous un plâtre sans un minimum de surveillance décidée par le chirurgien. Une fenêtre sera taillée d'emblée ou marquée au crayon pour être faite quelques jours plus tard, au moment ou l'on changera le pansement.

Ne pas gêner le séchage du plâtre pendant les 24 premières heures : il faut l'aérer et même le sécher au séchoir électrique. Il n'en sera que plus léger.

 

ATTENTION ! Tout point douloureux au niveau d'une saillie osseuse peut signifier l'escarre (talon +++ coude ++). Il faut alors "fenêtrer" rapidement le plâtre et éviter l'escarre par des frictions répétées à l'alcool.

 

B / Surveillance d'un plâtre

Tout plâtre, surtout confectionné en urgence, justifie une surveillance spéciale.

Un plâtre circulaire est à surveiller tout particulièrement et devra systématiquement être fendu et légèrement écarté d'emblée. Il pourra être écarté à la demande en cas de signes de compression. Le plâtre est ouvert à la scie vibrante et écarté avec des pinces écarte plâtres de Henning.

 

Il faudra toujours expliquer aux patients porteurs de plâtres, quels sont les signes qui nécessiteraient que l'on écarte le plâtre : 

- Chaleur et fourmillements liés à une compression du membre mais aussi refroidissement si la compresion est importante avec perte de la sensibilité.

- La cyanose et l'œdème sont aussi des signes de compression.

- Il faut expliquer aux patients qu'il est indispensable de surélever un membre plâtré, en particulier la nuit, pour éviter un œdème.

 

Si l'écartement du plâtre ne suffit pas pour soulager très rapidement les symptômes de compression, il faut déposer le plâtre et en refaire un autre.

Une ischémie prolongée de quelques heures peut créer des lésions irréversibles telles que syndrome de Volkmann, paralysie du sciatique poplité externe, gangrène etc...

 

Il faut connaître le Syndrome de Volkmann, qui survient le plus souvent à l'avant-bras (parfois à la jambe), avec ses signes d'appel et ses conséquences.

Signes d'appel :

   . Main cyanosée avec des picotements (dysesthésies)

   . Douleurs à l'avant bras

   . Disparition rapide des mouvements de la main.

 

Très rapidement se constitue la rétraction ischémique des fléchisseurs avec la griffe irréductible du syndrome avec flexion du poignet, hyperextension des métacarpo-phalangiennes et flexion des phalanges.

                                                                                                           Déformation consécutive au Syndrome de Volkmann

 

Lorsque la déformation est constituée on constate que si on fléchit le poignet, les phalanges distales s'étendent, et si on étend le poignet, les phalanges fléchissent.

Il s'agit d'une séquelle très grave que l'on ne devrait plus voir, car elle peut être prévenue. Quand elle est installée, la déformation ne peut être corrigée que par une intervention chirurgicale très délicate qui consiste en une libération complète des muscles fléchisseurs à l'avant bras (Scaglietti). Elle laisse presque toujours d'importantes séquelles.

 

Enfin, il faut connaître la gravité des thrombophlébites sous plâtre car leur diagnostic est difficile. Elles peuvent apparaître malgré un traitement anticoagulant préventif qui est systématique  pour les immobilisations plâtrées du membre inférieur, surtout chez des patients qui resteront alités. On ne fait pas de protection anticoagulante pour un plâtre du membre supérieur. Afin de les prévenir, on devra conseiller la mobilisation active des extrémités pendant toute la durée du plâtre.

On doit ouvrir le plâtre afin de pratiquer les examens indispensables que sont l’échodoppler ou la phlébographie.

           

L’ablation d'un plâtre se fait par 2 traits de scie électrique permettant de séparer le plâtre en 2 valves et de les écarter avec les pinces spéciales. Puis le rembourrage et le jersey sont alors atteints et on peut les couper avec des ciseaux. Attention, les traits de scie doivent passer sur les zones les mieux recouvertes de muscles car la scie vibrante peut léser la peau aux endroits où l'os est directement sous jacent. Par ailleurs la scie vibrante peut provoquer un échauffement qui peut brûler la peau.

 

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LES PRINCIPAUX APPAREILS PLÂTRÉS

 

Plâtre thoraco-brachial.

 

Il sert à immobiliser l'épaule, le bras et l'avant-bras et il prend appui sur les crêtes iliaques.

Appareil difficile à confectionner avec de nombreuses zones à capitonner soigneusement (épines iliaques, clavicules, acromion, coudes), tout en protégeant le creux axillaire.

Il faut renforcer la jonction entre la partie brachiale et la partie thoracique par des attelles plâtrées en surépaisseur. La position du bras par rapport au thorax est habituellement :

            - Abduction 45°

            - Antépulsion 30°

            - Rotation neutre

            - Coude fléchi à 90°, poignet en position de fonction

   

Le bras peut être positionné plus ou moins en abduction et rotation selon le type de lésion à traiter.

 

Le bras peut être positionné plus ou moins en abduction selon le type de lésion à traiter. Une abduction importante est parfois souhaitable lors du traitement des fractures du trochiter et des ruptures de la coiffe des rotateurs pour éviter le déplacement à cause de la simple traction des muscles. L'abduction est plus discrète en cas de fracture-luxation ou en cas de fracture de l'humérus.

 

Plâtre brachio-antibrachial

 

- Il immobilise le coude, le poignet, l'avant bras

- Il aisse libre les doigts (arrêt au pli palmaire pour

  laisser libre les métacarpo-phalangiennes)

- Soit gouttière simple, soit plâtre circulaire fendu

- Le plâtre ne doit pas gêner le creux axillaire.

- Le poignet est immobilisé en position de fonction.

 

Le plâtre "pendant"

Le plâtre dit "pendant" est utilisé pour les fractures de l'extrémité supérieure de l'humérus et de la diaphyse. Il prend l'avant-bras et le coude mais ne remonte pas nécessairement très haut. Il n'englobe pas la zone fracturaire qu'il n'est pas sensé immobiliser. C'est par son poids que le "plâtre-pendant" permet une réduction et une stabilisation des fractures. Il est suspendu au cou par un système simple dont  la longueur doit être bien réglée :

            - si l'attache est trop courte : le plâtre appuie en avant et fléchit le foyer de la fracture,

            - si l'attache est trop longue cela provoque le phénomène inverse.

L'effet de traction qui est recherché pour la réduction, existe lorsque le sujet est debout, grâce au seul poids du plâtre.

Pour poursuivre cette action pendant la nuit, on peut installer sur le plan du lit une traction par l'intermédiaire d'un anneau de plâtre sous le coude, dans le prolongement de l'axe de l'humérus,  (Le coude repose sur le lit, la main est au zénith, calée par des coussins et une traction douce de 2 kg, ou moins, est appliquée avec un système de poulie au bout du lit).

  

Avec le plâtre pendant, c’est le réglage de la longueur de la bretelle qui prime

La nuit, le bras repose sur le lit en rotation neutre et on peut maintenir une très légère traction

Plâtre d'avant-bras

- Il immobilise le poignet et le carpe.

- La flexion des métacarpo-phalangiennes doit être préservée ainsi que celle du coude.

 

 

 

 

 

 

 

 

Gouttière de main

- son rôle est d'immobiliser le poignet et les doigts.

- Va du pli du coude à l'extrémité des doigts et immobilise en position de fonction :

            - poignet en extension

            - écartement du pouce et opposition

            - flexion des métacarpo-phalangiennes

            - flexion légère des doigts.

 

 

 

 

Le plâtre pelvi-pédieux

Il immobilise le bassin et le membre inférieur.

Nécessite une table spéciale avec appui sous le sacrum et le thorax et un dispositif de traction sur les pieds par l'intermédiaire de bottillons de cuir.

Capitonnage soigneux des crêtes iliaques, des dernières côtes, des trochanters, du coccyx et de toutes les zones critiques du membre inférieur.

Prévoir des attelles de renfort entre la partie pelvienne et le membre inférieur.

Il faut soigner particulièrement les découpes au niveau de l'épigastre, des organes génitaux et du coccyx. On peut immobiliser les 2 membres inférieurs ou un seul, mais on a intérêt alors à prendre quand même la racine de la cuisse opposée.

 

Les différentes formes de plâtres pelvi-pédieux : A: 1 seul membre est solidarisé au pelvis. B: Le 2ème membre est  solidarisé au pelvis par la cuisse. C: Pelvi-pédieux court ou "hémi-bermuda plâtré".

 

La gouttière cruro-pédieuse

Elle immobilise le genou et le pied.

Le genou est en extension ou légèrement fléchi, pied à angle droit (on peut "circulariser").

  

 

La genouillère plâtrée ou plâtre cruro-jambier

 

Elle a pour but d'immobiliser le genou.

Elle doit monter jusqu'au pli inguinal et descendre au dessus des malléoles

La région malléolaire sera particulièrement protégée par du feutre.

La rotule sera moulée (le cul de sac sous quadricipital tout particulièrement) pour éviter le glissement du plâtre vers la cheville.

Éventuellement le suspendre par un trou avec une attache sur la ceinture.

 

La botte pédieuse

Elle immobilise la cheville et le pied  (à angle droit).

Il faut protéger la tubérosité tibiale, le col du péroné, les  malléoles, le talon, les métatarsiens.

La talonnette est fixée par des bandes de plâtre et appliquée sur quelques épaisseurs rajoutées sous la plante. Il faut la positionner en avant de l'aplomb des malléoles.

 

                     

Le plâtre de Sarmiento

L'intérêt du plâtre de Sarmiento est de permettre un appui précoce des fractures du tibia.

Le plâtre prend appui sous la rotule et sur les tubérosités des plateaux tibiaux en moulant particulièrement ces reliefs, transmettant ainsi directement l'appui au genou, sans solliciter le tibia fracturé. Ce plâtre de marche amélioré permet un appui précoce pour certaines fractures de la jambe

     - Ne pas comprimer la tête du péroné. Le genou doit pouvoir fléchir à 90°.

     - Bien modeler la rotule, les condyles fémoraux, la tubérosité tibiale.

     - On peut aussi articuler le plâtre à la cheville avec une pièce talonnière ou même à la chaussure.  

                   

 

Le dorso-lombostat plâtré

 

Le plus fréquent, en pratique, est celui préconisé par BOEHLER pour les fractures des corps vertébraux lombaires avec tassement antérieur et mur postérieur intact.

Ce plâtre est fait en position d'hyper réduction (en lordose) obtenue en position ventrale entre 2 tables. On réduit ainsi les fréquentes fractures-tassements antérieurs des corps vertébraux.

Un jersey est préalablement disposé et le rembourrage est très soigneusement appliqué sur les crêtes iliaques et surtout le sternum, le pubis et la région lombaire qui constituent les 3 zones d'appui.

 

   

Plâtre fait en position de lordose, soit à plat ventre entre 2 tables, soit sur un cadre spécial

Le lombostat est bien feutré sur les zones d’appui et ensuite allégé et échancré en avant

 

La minerve plâtrée

 

Le plus souvent, on utilise des minerves ou des colliers cervicaux fabriqués en matière plastique et réglables.

Parfois, en cas de fracture grave du rachis cervical, après traction par étrier ou intervention, on réalise des minerves plâtrées. Leur confection est très délicate sur des patients difficiles à verticaliser, souvent sous couvert d'une traction  qu'on laisse pendant la confection du plâtre et qui est appliquée grâce à une potence murale.

- Il faut de bons appuis sur les crêtes iliaques

- Les échancrures en avant peuvent être larges

- Le menton, l'occiput et le front doivent tout particulièrement être protégés.

 

 

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TRAITEMENT CHIRURGICAL DES FRACTURES

 

PRINCIPES GÉNÉRAUX DES OSTÉOSYNTHÈSES

 

Le matériel doit être "biocompatible" c'est-à-dire qu'il ne doit pas déclencher des réactions toxiques, inflammatoires. Le matériel doit être à l'abri de tout effet corrosif.

 

Le matériel métallique doit être sans défaut qui pourrait être le point d'appel d'une rupture. Les alliages utilisés doivent être très résistants même si leur volume est faible. Le plus souvent les alliages associent le chrome, le cobalt et le molybdène. On utilise aussi beaucoup l'acier inoxydable.

 

Les plaques d'ostéosynthèse sont fabriquées avec toutes sortes de formes et de tailles afin d’être adaptées à tous les os et à toutes les fractures.

 

Les clous centro-médullaires utilisés pour les diaphyses des os longs existent également en toutes longueurs et calibres et leur mise en place est facilitée par un matériel "ancillaire" adapté.

 

Les ostéosynthèses doivent permettre une immobilisation réduite et une rééducation précoce des articulations afin d’obtenir une reprise de la marche dans les meilleurs délais.

 

1° Généralités sur les vis et sur les plaques d'ostéosynthèse

 

            

                              Visserie classique en métal                                                         Vis résorbables

 

On utilise des vis avec des filetages particuliers qui sont adaptés à la structure de l'os cortical (filetage fin) ou de l’os spongieux (filetage large). Elles sont mises en place après forage d'un trou à la mèche ou foret, puis le filetage est réalisé dans l'os avec un taraud correspondant au filet de la vis.

         

 

La mise en contact des fragments est assurée par une utilisation judicieuse des vis et de leur orientation par rapport au trait de fracture.

Pour l'ostéosynthèse en os spongieux, la totalité du filetage de la "vis à os spongieux" se trouve dans le fragment opposé à la tête de vis, provoquant ainsi lors du serrage un effet de rappel avec mise en compression des fragments.

          

Principes généraux de l’ostéosynthèse extraits du manuel de « l’AO »

Lors d'une ostéosynthèse pour une fracture complexe, les fragments intermédiaires sont fixés aux fragments principaux par des vis. La plaque d'ostéosynthèse sert alors à stabiliser l'ensemble une fois la réduction obtenue. La compression des fragments favorise la consolidation osseuse.

 

On peut utiliser différents systèmes pour obtenir la compression du foyer de fracture :

Soit on utilise des daviers ou des systèmes qui permettent d'obtenir un appui provisoire sur l'os en dehors de la plaque et un autre point d'appui sur la plaque.Puis on met en place des dernières vis.

                                     

Un davier maintient ici la réduction pendant le vissage Compression par un davier prenant appui sur la plaque et une vis

 

Soit on utilise des plaques dites auto-compressives. Elles ont des trous ovalaires qui permettent de mettre la vis à l'extérieur du trou. Le vissage provoquera alors un glissement de l'os vers le foyer de fracture lorsque la tête de la vis pénètrera dans la plaque. On peut ainsi supprimer tout l’espace.

     

Plaques auto compressives de l’AO

Les ostéosynthèses par plaques vissées sont utilisées surtout pour les fractures des métaphyses et des épiphyses elles le sont de moins en moins souvent pour les diaphyses.

 

Les plaques vissées sont diverses pour permettre toutes les combinaisons. En voici quelques exemples avec une gamme de matériel , très répandu dans le monde (le matériel suisse "AO").

  

Différents types d'ostéosynthèses par plaques vissées au niveau tibial distal.

 

                   

                       Plaques pour les petits os de la main et du poignet          Plaques moulées pour l’ostéosynthèse du cotyle

Les plaques vissées modifient beaucoup l'élasticité de l'os. Elles travaillent mieux du côté de la tension que du côté de la compression (il faut donc les mettre du coté externe par exemple au niveau du fémur).

Les plaques ne peuvent maintenir les fragments valablement que pendant un temps très court qui est celui du développement du cal. Si la consolidation n'intervient pas ou si elle est retardée, les contraintes absorbées par la plaque peuvent aboutir à une fracture de la plaque ou des vis.

Quand un cal est solide, on doit néanmoins attendre longtemps avant d'envisager l'ablation du matériel (18 mois au moins). L'ablation est indispensable, surtout pour des os porteurs afin que l'os puisse retrouver ses propriétés mécaniques, en particulier son élasticité et sa résistance.

 

Les fractures itératives après ablation de matériel sont possibles lorsque l'os n'a pas encore retrouvé ses capacités mécaniques au moment de l'ablation. On doit prévoir une période avec des précautions et la protection d'une canne pendant quelques semaines et arrêt des sports.

                                                                                                                                                                  Fracture après ablation d’une plaque

2° Généralités sur les clous centro-médullaires

 

Les clous sont  de long tubes métalliques creux et fendus faits pour être introduits dans le fémur, le tibia et l'humérus. Ils ont de nombreux avantages et surtout pour les fractures du 1/3 moyen des diaphyses.

Exemple d’un clou pour tibia. Il existe une angulation spécialement conçue pour s’adapter à la forme du canal

 

On peut introduire un clou dans la cavité médullaire sans ouvrir le foyer de fracture et sans dévasculariser, simplement par abord de l'extrémité de l'os. La réduction est obtenue sur table orthopédique pour le fémur et le tibia (table munie de dispositifs pour traction longitudinale appliquée sur les pieds ou par des étriers avec broches trans-osseuses) et elle est contrôlée sous scopie. Le canal médullaire est calibré à l'aide d'alésoirs de diamètres croissants et le clou  (dont le calibre et  la longueur ont été choisis) est introduit dans la diaphyse.

   

Réduction sur table orthopédique, ouverture du canal médullaire au dessus de la tubérosité tibiale et introduction du clou

 

Le clou stabilise bien les mouvements et permet un appui rapide, même avant que la consolidation ne soit acquise. Les mouvements de rotation sont parfois mal contrôlés, surtout dans les fractures situées en dessous ou au dessus du 1/3 moyen. C'est dans ces cas que l'on peut "verrouiller" le clou à ses extrémités par des vis transversales traversant l'os et le clou dans des trous spéciaux : c'est l'enclouage verrouillé (voir fractures du tibia et du fémur).

 

3° Fixateur externe

 

Le fixateur externe est un système idéal pour stabiliser les grands fracas ouverts des membres.


Plusieurs fiches métalliques sont vissées dans l'os à travers la peau, de part et d'autre de la fracture, à distance des plaies cutanées. Des "rotules" solidarisent les fiches entre elles et des barres de fixation joignent les rotules. On peut faire des montages de toutes sortes et on peut même réaliser aussi de la compression au niveau du foyer. Les gros délabrements des parties molles peuvent être ainsi soignés sans compromettre la stabilité. De nombreuses variétés de fixateurs externes existent, un des plus anciens est le fixateur d'HOFFMANN. On peu faire un montage monoplan ou utiliser deux plans de broches à 45° ou 90° (montage en V très résistant). On utilise actuellement souvent le fixateur Orthofix  qui présente des articulations permettant des montages modifiables et dans des cas particuliers, le fixateur d'ILLIZAROV comprenant des broches croisées tendues sur des anneaux, eux mêmes solidarisés à des tiges longitudinales

.

 

 

       Fixateur d'HOFFMANN monoplan et montage en V.             Fixateur de WAGNER.     Fixateur d'ILIZAROV

 

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COMPLICATIONS DES FRACTURES

On les classe en complications immédiates, secondaires et tardives

 

1/ LES COMPLICATIONS IMMÉDIATES

1° L'ouverture cutanée

L'ouverture entraîne une communication entre le foyer de fracture et l'extérieur. Cet état peut entraîner un risque d'infection qui est une complication grave. Le risque est lié au degré de septicité de la plaie (plaie souillée par de la terre et des débris divers etc..) et au délai écoulé depuis l'accident (la pullulation microbienne est importante à partir de la 6ème heure). La peau peut présenter des lésions de gravité variable et le pronostic en dépend pour une bonne part.

L’ouverture cutanée est classée en France, en 3 types selon la classification de CAUCHOIX.

- Ouverture cutanée  de type I

Plaie simple franche sans décollement.

Dont le traitement est simple après désinfection locale, on peut rapprocher les berges cutanées sans tension avec des sutures et l'on obtient une cicatrisation sans nécrose secondaire.

    

- Ouverture cutanée de type II

Plaie plus large. Les bords sont parfois contus et doivent être excisés pour permettre la suture, mais la fermeture est possible (en s'aidant au besoin d'une incision de décharge postérieure). Les risques de nécrose secondaire sont importants.

 

- Ouverture cutanée de type III

Perte de substance cutanée large rendant la fermeture cutanée primitive impossible.


Nécessité de faire une couverture par lambeau ou par transplant musculaire et greffe de peau.

    

Traitement des lésions des parties molles par cicatrisation dirigée

- Principes du traitement des fractures en présence d'ouverture cutanée

Le traitement est urgent et repose sur 4 principes :

1/ Lutte contre l'infection par les antibiotiques (Péniciline - Flagyl) et par la prophylaxie du tétanos.

2/ Parage chirurgical de la plaie sous anesthésie (peau et tissus sous jacents - excision de tous les tissus contus). Il faut exciser les berges cutanées de façon économique ainsi que le tissu cellulo-graisseux sous cutané dévitalisé et enlever les corps étrangers. Il faut, si nécessaire, exciser les aponévroses et les muscles contus et dilacérés. On peut être amené à agrandir la plaie selon l'axe du membre pour bien la nettoyer, pour pouvoir évacuer l'hématome et enlever les esquilles osseuses qui ne seraient plus attachées aux muscles.

3/ Suture cutanée : Il ne faut faire une suture cutanée que si elle est réalisable sans tension excessive. Dans le cas contraire, la plaie doit être mise à plat, simplement recouverte d'un pansement gras et pourra faire l'objet d'un geste de plastie plus tard. Parfois on peut fermer au prix d'une incision de décharge.

4/ Immobilisation de la fracture.

 

- Indications des ostéosynthèses dans les fractures ouvertes

Le choix de la méthode de traitement  dépend du type de traumatisme et du type de fracture :

 

- S'il n'y a pas de déplacement, le traitement orthopédique est possible. Mais un plâtre rend difficile la surveillance cutanée et il faudra faire une fenêtre dans le plâtre, ce qui peut compromettre la qualité de la contention et entraîner un déplacement secondaire. Lorsque la peau sera cicatrisée, on pourra toujours revenir à un traitement par ostéosynthèse si nécessaire. La traction continue peut constituer une méthode d'attente.

- En cas de fracture par traumatisme indirect avec plaie de dedans en dehors avec tissus peu contus : types 1 et 2, l'ostéosynthèse est possible après lavage soigneux. L'enclouage simple ou verrouillé est le meilleur procédé, associé à une antibiothérapie de couverture et à un drainage.

- Si il y a des dégâts cutanés avec perte de substance et plaie souillée, après un choc direct, une ostéosynthèse interne est formellement contre-indiquée (risque d'infection très important et le matériel d'ostéosynthèse rend difficile la cicatrisation en cas d'infection).

Il faut opter pour un traitement orthopédique par traction ou  une ostéosynthèse par fixateur externe. En cas de perte de substance osseuse, le fixateur externe permet de maintenir la longueur du membre en attendant de pouvoir faire les greffes osseuses secondaires.

 

2° Les lésions des muscles

 

            Les lésions des muscles sont le plus souvent des lésions bénignes. Parfois il y a des interpositions de muscles entre les fragments osseux qui peuvent gêner la réduction et nécessiter de contrôler la réduction chirurgicalement. Exceptionnellement, on peut voir des broiements musculaires qui peuvent s'accompagner d'un syndrome de "Crush Injury", dominé par l'insuffisance rénale aiguë avec myoglobinurie.

 

3° Les lésions vasculaires et nerveuses : Il faut toujours y penser et les dépister immédiatement

                       

         Compression de l’artère humérale au coude                      et au col chirurgical de l’humérus

 

- Les lésions vasculaires : Il peut s'agir d'une lésion simple par compression (par un fragment osseux ou par un hématome). La suppression de la compression est urgente.

Il peut s'agir d'une ischémie aiguë avec extrémité froide et abolition du pouls due à une lésion plus grave : section artérielle ou dissection intimale qui doit être prouvée rapidement par une artériographie, suivie d'une exploration pour pouvoir y remédier d'urgence.

- Les lésions nerveuses peuvent aussi être dues à un élément compressif simple, entraînant une paralysie sensitive et/ou motrice sans interruption des fibres nerveuses (neurapraxie).

Il peut s'agir d'une lésion des fibres (neurotmésis), avec une dégénérescence distale demandant de nombreux mois pour régénérer après une réparation chirurgicale.

 

- Cas particulier du syndrome de loges.

C'est une urgence des premières heures qui suivent un traumatisme, avec évolution rapide de lésions  ischémiques, nerveuses et musculaires. Augmentation de la pression intra-tissulaire dans une loge ostéo-membraneuse (conflit contenu - contenant) soit au niveau du membre inférieur, après des traumatismes de la jambe et du genou, soit au niveau du membre supérieur (voir syndrome de Volkman dans complications des plâtres).

Les signes sont la douleur, une hyper puis hypoesthésie cutanée et tension douloureuse de la loge.

Traitement d'urgence : aponévrotomie de décharge et mobilisation pour prévenir les rétractions.

 

4° Les complications générales

Il s'agit essentiellement du syndrome de choc qui est fréquent, surtout chez les polytraumatisés (crâne, thorax, abdomen) et qui nécessite des soins de réanimation.

 

2/ LES COMPLICATIONS SECONDAIRES 

1° L'infection

L'infection précoce est la complication la plus redoutée en raison des difficultés de son traitement et du retentissement péjoratif qu'elle entraîne en général sur la consolidation de la fracture. L'infection d'une fracture n'est possible que s'il y a une plaie d'emblée ou si le traitement chirurgical a introduit malencontreusement des germes dans le foyer fracturaire, il s'agit d'une complication iatrogène. Une fracture fermée n'a aucune raison de se surinfecter.

- Le tétanos est exceptionnel grâce à la prévention systématique (sérothérapie et vaccination)

- La gangrène gazeuse est une infection redoutable liée à des germes anaérobies. Le diagnostic se fait cliniquement sur l'apparition de crépitation à la pression des parties molles et sur des signes généraux de gravité extrême et peut conduire à amputer le membre pour éviter l'extension.

La radiographie peut montrer des bulles gazeuses dans les parties molles

- Les germes classiques sont responsables des infections secondaires habituelles (les staphylocoques dorés en particulier).

 

                                                                                                     Gangrène gazeuse avec des bulles gazeuses sur la radio

L'infection se traduit localement par des douleurs, une inflammation avec rougeur et chaleur locales. Une fluctuation apparaît rapidement, en rapport avec une collection purulente. La fièvre est présente et les signes biologiques sont en faveur de l'infection (VS élevée, polynucléose et  augmentation des C réactives protéines)

Traitement : Il faut évacuer la collection purulente et nettoyer largement tous les tissus, sinon  l'évolution se fera vers l’ostéite.

 

L'infection chronique avec la fistulisation spontanée et traînante est caractéristique de l’ostéite. Les fragments osseux atteints par l'ostéite se dévitalisent et sont dans l'impossibilité de consolider, donnant une pseudarthrose infectée. L'évolution ultérieure passe par la nécessité d'une excision des fragments osseux dévitalisés et une greffe osseuse pour obtenir la consolidation. L'évolution peut être extrêmement longue et plusieurs interventions successives sont souvent nécessaires (voir diaporama spécial infections osseuses).                                     

La pseudarthrose infectée peut persister malgré toutes les tentatives et l'amputation du membre est parfois indiquée. C'est dire la gravité potentielle de toute infection d'une fracture et il faut insister sur les précautions d'asepsie que le chirurgien doit prendre lorsqu'il réalise le traitement initial d'une fracture et le soin avec lequel il faut faire en urgence, le parage de toute plaie sur une fracture.

 

2° La nécrose cutanée

 

            Cette complication est parfois redoutable car elle peut aboutir à l'absence de couverture du foyer de la fracture et conduire à l'infection. La nécrose peut se produire dans plusieurs circonstances : Soit la peau a été contuse lors du traumatisme, soit il y a eu une plaie avec un décollement et ce sont les bords cutanés qui se nécrosent. Parfois c'est une esquille osseuse qui refoule la peau, provoquant secondairement une nécrose qui peut avoir des conséquences graves, surtout si elle se développe sous plâtre. Il faut savoir décider d'ouvrir le plâtre en cas de doute. Souvent c'est l'existence d'un hématome qui distend la peau et qui peut favoriser une nécrose (importance du drainage dans les cas opérés).

Le traitement consiste à exciser la zone de nécrose. Parfois l'excision cutanée restera superficielle et la cicatrisation se fera spontanément. Parfois au contraire, des interventions de chirurgie plastique devront être réalisées pour recouvrir l'os. Attention à l'évolution sous plâtre!

                     

Exemples de cas de nécrose cutanée conduisant à l’exposition des fragments osseux et à une surinfection

 

3° Les phlébites

 

Les thromboses veineuses profondes peuvent apparaître et évoluer sous plâtre et leur diagnostic n'est pas aisé, puisque l'examen clinique est impossible (palpation du mollet en particulier).

Elles peuvent apparaître malgré la prévention systématique par le traitement anticoagulant. Il faut parfois demander un écho doppler ou une phlébographie (ce qui peut nécessiter la dépose du plâtre)

Outre la prophylaxie anti-coagulante, la mobilisation précoce, le lever rapide et les contractions musculaires activent la circulation de retour et évitent la stase veineuse.

 


4° Les déplacements secondaires sous plâtre

 

Les déplacements secondaires doivent être dépistés par des radiographies systématiques de contrôle dans les premières semaines. Ils sont toujours possibles, même avec des appareils plâtrés bien réalisés. Ils sont favorisés par la fonte des œdèmes et par les mouvements.

On peut corriger des déplacements secondaires par des gypsotomies correctrices. Cela consiste à couper partiellement le plâtre sur 2/3 de la circonférence et à le faire bailler pour corriger le défaut axial. Une petite cale en bois maintient la correction qui est vérifiée par une radiographie. Le plâtre est ensuite "circularisé" par quelques tours de bandes  et la correction contrôlée par de nouvelles radiographies, répétées encore 8 jours plus tard.

 Il est indispensable que la garniture sous le plâtre soit épaisse pour réaliser ce genre de gypsotomie sans dommage pour la peau (risque de compression)

On peut réaliser ce type de correction jusqu'à la 3ème semaine

En cas de déplacement secondaire d'une fracture, on peut décider de changer le mode de traitement et de pratiquer une ostéosynthèse.

Exemple de gypsotomie pour corriger un déplacement en valgus de la jambe.

 

5° Troubles trophiques

 

L'algoneurodystrophie ou syndrome de Sudeck-Leriche ou ostéoporose algique post-traumatique est une complication probablement liée à des troubles vasomoteurs sur un terrain souvent particulier (neurodystonique), favorisé aussi par le diabète ou l'éthylisme. Cette affection peut succéder à des traumatismes minimes, à des fractures, à des entorses ou à des interventions. On peut s'en rendre compte au moment de l'ablation d'un plâtre ou d'une attelle.

- La première phase est caractérisée par des douleurs, des troubles vasomoteurs et des troubles trophiques. Elle survient en quelques semaines. 

            - Les douleurs sont diffuses, intenses, permanentes mais aggravées par les mouvements

            - L'œdème est diffus

            - Aspect rouge et violacé de la peau avec hypersudation.

            - Hyperthermie locale mais pas de fièvre

            - Raideur articulaire qui s'installe rapidement (masquée quand il y a un plâtre).

 

Il y a des formes particulières "syndrome épaule main" ou des formes intéressant tout le membre supérieur ou inférieur (pied, genou, hanche).

La biologie est normale.

La radio montre une déminéralisation osseuse avec ostéoporose des zones métaphyso-épiphysaires (classique ostéoporose mouchetée ou pommelée). Les interlignes sont normaux.

La reminéralisation de fait en plusieurs mois, parfois plus d’un an.

La scintigraphie osseuse au technetium montre une hyperfixation régionale intense aux temps angiographiques qui apparaît dès le début de la maladie (témoin fidèle de l'évolution).

L'IRM montre aussi des signes typiques et précoces (œdème et stase vasculaire de l'os médullaire)    

Le traitement est difficile et long. Il faut calmer la douleur (antalgiques, AINS) pour mettre en œuvre la rééducation. Le repos est indiqué. Le traitement fait appel à la calcitonine  (pendant 6 semaines), associée à la kinésithérapie dès que les douleurs sont atténuées.

La phase froide se caractérise par une régression des douleurs et des œdèmes mais les troubles trophiques s'accentuent (modification des téguments, atrophie du tissu sous-cutané, chute des poils). On voit souvent des séquelles liées à des rétractions capsulaires et un enraidissement (griffe neurotrophique, raideur des doigts et du poignet en flexion).

 

   

Exemples d’algodystrophie avec l’ostéoporose localisée ou diffuse caractéristique

 

6° L'embolie graisseuse

 

            On pense généralement que cette complication est due à des particules graisseuses migrant dans la circulation à partir du foyer de fracture et donnant surtout des manifestations pulmonaires et neurologiques. Elle se voit plus fréquemment après des fractures du fémur et du bassin. L'absence d'immobilisation du foyer de fracture pourrait favoriser cette complication qui survient, en général, quelques jours après le traumatisme (12 à 72 h), chez des blessés en attente d'une opération. Parfois elle survient un peu après l'ostéosynthèse. L'enclouage centro-médullaire serait responsable de certaines embolies graisseuses.

- Le tableau est celui d'une détresse respiratoire aiguë. La fièvre apparaît, ainsi que des pétéchies sur la peau (et les conjonctives + lésions au FO typiques), un état confusionnel s'installe et il peut y avoir une insuffisance rénale aiguë.  La biologie montre une anémie et hyper leucocytose, une thrombopénie, des perturbations du métabolisme protidique et lipidique.

- Les radiographies pulmonaires montrent des images d'embolie pulmonaire dans les 2 champs (image de tempête de neige). Il s'agit d'une complication grave qui impose un traitement en service de réanimation. On est parfois amené à opérer en urgence, dans les suites de l'embolie et malgré les risques importants de complications, dans le but de stabiliser la ou les fractures et d'éviter ainsi la multiplication répétée des embols.

  

Pétéchies caractéristiques de l’embolie graisseuse


COMPLICATIONS TARDIVES DES FRACTURES

 

1- Retard de consolidation

 

La consolidation tarde à se produire par rapport aux délais classiques Les radiographies successives ne montrent pas de progrès du développement du cal. Le foyer de fracture garde de la mobilité douloureuse, un œdème et de la chaleur locale.

Il faut savoir attendre encore avant de proposer une greffe car la consolidation est possible, mais il est parfois difficile de prolonger l'immobilisation en raison du retentissement social de l'immobilisation. Le diagnostic est difficile à ce stade entre retard de consolidation (consolidation encore possible) et pseudarthrose (la consolidation spontanée n'est plus possible).

 

2 – Pseudarthrose

 

C'est l'absence de consolidation bien après l'expiration du délai habituel, avec la constatation d'un aspect radiologique particulier qui incite à penser que l'état est irréversible et que la consolidation sera impossible malgré la poursuite d'une immobilisation.

Il y a deux types principaux de pseudarthroses, les pseudarthroses hypertrophiques et les pseudarthroses atrophiques.

 

Les pseudarthroses hypertrophiques

 

Elles sont très rares pour les fractures fermées traitées orthopédiquement.

Elles surviennent surtout après des fractures ouvertes ou des fractures ostéosynthésées directement. Les extrémités osseuses sont scléreuses et condensées sur les radiographies et elles sont élargies comme des pattes d'éléphant. C'est pourquoi on appelle souvent les pseudarthroses hypertrophiques, les "pseudarthroses en pattes d'éléphant".

 

                    

  Pseudarthrose hypertrophique en patte d’éléphant du tibia             Pseudarthrose du péroné alors que le tibia est solide

 

Le trait de pseudarthrose est évident, il est rempli de tissu fibreux et cartilagineux. Les fragments ne parviennent pas à se rejoindre et l'espace n'arrive pas à se combler d'os, alors que pourtant il y a une activité ostéogénique intense latéralement et dans la cavité médullaire.

Le canal médullaire se remplit d'ailleurs et s'obture complètement. Pourtant il y a un apport vasculaire correct comme en témoigne la condensation osseuse.

Le foyer de pseudarthrose est mobile. Les mouvements peuvent être mis en évidence par des radiographies dynamiques, s'ils ne sont pas évidents au simple examen. Il y a des pseudarthroses serrées sans mobilité nette lors de l'examen clinique, mais on découvre toujours des signes de mobilité lors de l'intervention chirurgicale quand la pseudarthrose est exposée.

 

 

Les pseudarthroses atrophiques

 

Dans ces cas plus rares, il n'y a aucune trace d'activité cellulaire au niveau des extrémités osseuses. Celles-ci sont effilées, arrondies et ostéoporotiques. On voit ce type de pseudarthrose dans les pseudarthroses congénitales, surtout visibles au niveau la jambe.

On voit aussi des pseudarthroses atrophiques qui sont le résultat des échecs répétés enregistrés au cours du traitement de certaines fractures diaphysaires : pseudarthroses atrophiques infectées. Les fragments sont dévitalisés et atones.

                          

   2 cas de pseudarthroses atrophiques de la jambe après plaques                Pseudarthrose congénitale de la jambe

 

 

Le traitement des pseudarthroses

 

A - Pseudarthroses hypertrophiques
- Une ostéosynthèse stable

Un clou centro-médullaire peut permettre à une pseudarthrose hypertrophique diaphysaire de consolider, par transformation du tissu cartilagineux et fibreux en tissu osseux (même sans aborder directement le foyer de pseudarthrose). On réalise un  forage du canal médullaire pour traverser la zone de pseudarthrose, suivi d'un alésage pour obtenir le calibre suffisant et on introduit le clou. La consolidation est stimulée par la stabilité apportée par le clou, par la reprise de la marche avec mise en contact des fragments et par l'action de l'alésage auquel on attribue l'action de pousser des petits fragments osseux dans la zone de la pseudarthrose.

Dans le cas d’une pseudarthrose métaphysaire, une ostéosynthèse par plaque apporte la stabilité. On avive la pseudarthrose en enlevant le tissu fibreux et on le remplace par une greffe osseuse provenant de la crête iliaque

 

Pseudarthrose métaphysaire distale du tibia guérie avec une greffe et une plaque

- Le traitement des pseudarthroses par la "décortication ostéo-musculaire" de JUDET

 

Le principe de la "décortication" consiste à détacher de l'os des copeaux de corticale osseuse en utilisant un ciseau frappé et en les gardant adhérents à la fois au périoste qui les entoure et aux muscles qui s'y insèrent et les vascularisent. Les copeaux ont 1 mm à 1,5 mm d'épaisseur. Ils sont détachés de proche en proche sur plusieurs centimètres, de part et d'autre de la pseudarthrose et tout autour de l'os. On crée ainsi, tout autour de la pseudarthrose, un manchon de petits fragments qui joueront le rôle de greffons ostéo-périostés pédiculés bien vivants. L'hématome qui ne manque pas d'exister entre les copeaux et l'os joue un rôle important pour la constitution du cal, comme il le fait dans les fractures fraîches. On associe le plus souvent, une ostéosynthèse (clou ou plaque). Le manchon de copeaux périphériques s'épaissira rapidement en 2 mois et deviendra continu. La consolidation commencera toujours à la périphérie de l'os et plus tardivement elle concernera le foyer de pseudarthrose.

   

La décortication de Judet avec les multiples petits copeaux osseux pédiculés points de départ d’un gros cal

,

La décortication donne d'excellents résultats dans les pseudarthroses non infectées et on peut lui adjoindre dans certains cas des greffes supplémentaires apposées (surtout quand il y a une perte de substance osseuse).

La décortication donne aussi de bons résultats dans les pseudarthroses infectées car les copeaux pédiculés gardent leur vitalité, même en terrain infecté. Le procédé d'ostéosynthèse sera le fixateur externe.

La décortication ostéo-musculaire de JUDET est une méthode très précieuse qui donne de bons résultats dans les pseudarthroses avec ou sans perte de substance.

- La stimulation électromagnétique

 

            L'os produit des potentiels électriques de courte durée proportionnels aux contraintes qui lui sont appliquées. Les zones en compression sont négatives et celles en tension sont positives électriquement. L'ostéogénèse augmente localement sous la stimulation électrique d'un courant continu délivré à l'aide d'une cathode implantée (Brighton). L'ostéogénèse est stimulée aussi par un champ électromagnétique pulsé appliqué sans contact en dehors du foyer de fracture ou de pseudarthrose (Bassett). Les travaux expérimentaux et cliniques très nombreux prouvent l'efficacité de cette stimulation de l'ostéogénèse réparatrice. Les résultats cliniques restent très difficiles à étudier car il n'est pas possible d'avoir des séries comparatives. Par ailleurs il est très difficile d'apporter à l'heure actuelle des réponses précises à toutes les incertitudes du mécanisme de la stimulation.

L'utilisation de ces méthodes en pratique doit être réservée aux cas pour lesquelles les méthodes classiques de décortication et de greffes ont échoué à plusieurs reprises. Avant d'être appliquées en pratique courante, ces méthodes devront faire la preuve de leur efficacité. (Il faut en effet avoir la preuve qu'il n'y a pas de conséquence néfaste tardive après cette stimulation).

 

B - Pseudarthroses atrophiques :

Le traitement des pseudarthroses atrophiques associe :

- une ostéosynthèse rigide, si possible par enclouage centro-médullaire, l'ablation du tissu fibreux, la décortication des extrémités osseuses, une greffe osseuse doit être déposée à la place du tissu fibreux et entre les fragments. Les pseudarthroses congénitales relèvent d’un traitement plus lourd, la greffe du péroné controlatéral avec ses vaisseaux qui sont anastomosés aux vaisseaux receveurs.

 

 

SÉQUELLES DES FRACTURES

 

Les cals vicieux

 

On dit qu'on a obtenu une consolidation vicieuse quand elle s'est faite avec un des déplacements initiaux élémentaires (angulation, décalage, chevauchement et translation) ou plusieurs de ces déplacements combinés.

 

Une angulation persistante au niveau du membre inférieur peut entraîner de graves conséquences. Par exemple, quelques degrés seulement de varus ou de valgus au niveau du fémur ou du tibia suffisent pour provoquer une arthrose douloureuse du genou de la hanche ou de la cheville en quelques années.

 

  

Cal vicieux en varus du quart distal de la jambe   Valgus et translation du  tiers distal de la jambe  Varus du genou  par cal vicieux

 

Les cals vicieux sont moins gênants au niveau du bras, puisque le membre supérieur est suspendu, mais des cals vicieux peut être particulièrement gênant au niveau des 2 os de l'avant bras où ils entraînent des défauts de pro supination ainsi qu'au niveau des phalanges où ils vont gêner les mouvements fins de la main. Les défauts de rotation sont en particulier très gênants, sur le plan fonctionnel au niveau du membre supérieur.

 

Les fractures articulaires, quant à elles, ne supportent aucun défaut de réduction, car les altérations des surfaces cartilagineuses retentissent toujours sur le fonctionnement articulaire.

Lorsque des fragments revêtus de cartilage articulaire ont consolidé avec une différence de hauteur par rapport au reste de l'articulation, la forme de l'interligne articulaire est modifiée. Ces défauts provoquent des limitations dans les amplitudes des mouvements qui sont liés à des butoirs ou à des incongruences des surfaces. Les douleurs accompagnent ces altérations des mouvements et l'arthrose se développe avec une usure cartilagineuse et à la radio un pincement articulaire. Sur les articulations portantes (hanches, genoux, chevilles), ces défauts provoquent des déviations angulaires qui ne peuvent que s'aggraver rapidement  avec l'usure des surfaces.

           

Les interventions correctrices  (ostéotomies) ne peuvent être que palliatives en améliorant les contraintes et en reculant l'échéance de l'apparition de l'arthrose.

 

 

 

 

 

Exemple de fracture uni condylienne interne consolidée en position vicieuse et entraînant une détérioration "en miroir" de la surface tibiale correspondante. Une ostéotomie correctrice "palliative" ne pourra pas donner un très bon résultat si les surfaces cartilagineuses sont très détériorées mais permettra de différer de plusieurs années les opérations de prothèses articulaires internes.

 

Exemple d'une consolidation vicieuse d'une fracture tassement du plateau tibial interne avec modification irréparable de la surface articulaire  qui gardera une déformation en cupule et entraînera une déformation en varus : Ostéotomie palliative avec relèvement du plateau tibial interne par une greffe, corrigeant le genu varum et diminuant les contraintes internes.

 

Exemple de fracture uni condylienne du fémur consolidée avec une ascension du condyle interne et une déformation en varus du genou. La correction, par ostéotomie et ostéosynthèse en position correcte, rétablit un bon équilibre des pressions entre les condyles et les plateaux tibiaux. Elle rend possible une flexion normale. Les surfaces cartilagineuses sont relativement préservées.

 

 

Les cals vicieux au niveau des métaphyses entraînent des déviations qui retentissent sur les pressions articulaires en provoquant de l'arthrose, même si les surfaces cartilagineuses ne sont pas concernées par la fracture. Au niveau du genou par exemple, il faut corriger de tels défauts, surtout les déviations en varus qui provoquent des gonarthroses fémoro-tibiales internes rapidement.

 

 Les cals vicieux diaphysaires entraînent les mêmes évolutions arthrosiques que les cals vicieux métaphysaires. Ils peuvent être corrigés par des ostéotomies dans le cal osseux (fixées par des clous centro-médullaires ou des plaques).

          

Exemple de la correction d'un double cal vicieux avec angulation et chevauchement au niveau de la diaphyse fémorale et rotation au tiers inférieur. Ostéotomie à 2 niveaux et ostéosynthèse réalisée par un clou centro-médullaire verrouillé.

Raideurs articulaires

 

Elles sont consécutives soit à des immobilisations trop prolongées, soit à des fractures articulaires, soit à des complications comme l'algoneurodystrophie.

La rééducation a pour but essentiel de les prévenir et de les guérir.

Les adhérences intra-articulaires peuvent se développer à la suite d'une hémarthrose liée à une fracture articulaire. Dans certains cas, des fragments osseux peuvent jouer le rôle de butoirs et limiter les amplitudes des mouvements. L'arthrose post-traumatique est une cause d'enraidissement. Les adhérences musculaires peuvent limiter les mouvements. Par exemple, l'adhérence du quadriceps sur un cal diaphysaire du fémur peut limiter la flexion du genou.

 

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LES FRACTURES DE L'ENFANT

 

Les fractures sont très fréquentes chez l'enfant, survenant surtout lors des jeux et des sports. Les traumatismes atteignent une structure en croissance où les conséquences peuvent être graves, notamment lorsque les cartilages de conjugaison sont atteints. Les cartilages de croissance sont situés aux extrémités des os longs entre la diaphyse et l'épiphyse (métaphyse). C'est à ce niveau que se fait la croissance en longueur des os. Le noyau épiphysaire est cartilagineux et il s'ossifie peu à peu pour finir par se souder à maturité osseuse. (14 à 15 ans pour les filles et 16 à 17 ans pour les garçons).

   
Les décollements épiphysaires se font au niveau du cartilage de croissance, entre la matrice cartilagineuse et la métaphyse. Cette zone est bien visible sur cette coupe frontale de fémur de nouveau né

 

Représentation schématique de la vascularisation

épiphysaire et métaphysaire de l'enfant.

 

1.  Epiphysaire centrale

2.  Epiphyso-métaphysaire interne

3.  Epiphyso-métaphysaire externe

4.  Centro-médullaire

5.  Anastomoses épiphyso-périostées

6.  Artères métaphysaires latérales

7.  Virole périchondrale

8.  Colonnes de croissance

9.  Noyau épiphysaire

10. Cartilage hyalin.

 

Les fractures de l'enfant peuvent parfois ressembler en tous points à celles de l'adulte (ex: fractures transversales du fémur, de l'humérus ou fractures du col). Leur traitement est le plus souvent orthopédique mais il est parfois chirurgical, utilisant comme nous le verrons dans les chapitres, des broches, des enclouages élastiques préservant les zones de croissance, mais rarement des plaques vissées).

Les délais de consolidation sont très inférieurs à ceux de l'adulte. Il n'y a presque jamais de pseudarthrose. Le remodelage osseux permet souvent des corrections de certaines déformations angulaires (avant 8 mois).

 

Mais les fractures de l'enfant sont souvent incomplètes :

- soit fractures en "motte de beurre" avec impaction des fragments l'un dans l'autre.

- soit fracture en "bois vert" qui sont plus fréquentes et posent des problèmes de réduction.

 

Les fractures décollement épiphysaires représentent enfin une entité particulière à l'enfant.

 

LES FRACTURES EN BOIS VERT

 

Ce sont des fractures typiques de l'enfant. Il se produit une fracture de la corticale opposée au sens du traumatisme. Le périoste se déchire. Un bâillement du foyer de fracture se fait, avec pour charnière, l'autre corticale qui est incomplètement fracturée (comme une branche de bois vert). Le périoste reste intact du coté du traumatisme, dans la concavité de  la déformation.

L'angulation est parfois très importante mais le foyer de fracture reste néanmoins stable. On voit des enfants qui brandissent leur avant bras cassé et angulé fortement, sans avoir besoin de le soutenir avec l'autre main, contrairement à ce qui se passe chez l'adulte où l'avant bras fracturé est ballant, douloureux et obligatoirement soutenu par la main controlatérale.

La réduction de l'angulation des fractures en bois vert est particulière :

Il faut imprimer un mouvement inverse de celui qui a provoqué le traumatisme et on obtient la correction en prenant appui sur le périoste resté intact dans la concavité de l'angulation.

Il persiste alors souvent une petite angulation et il est nécessaire de dépasser la rectitude pour obtenir un bon alignement.

On fait ainsi, ce que l'on appelle une "hypercorrection", mais de cette manière on risque en allant trop loin,  de rompre la corticale et le périoste responsables de la stabilité et d'être alors instable.

L'immobilisation plâtrée doit être particulièrement surveillée pour éviter les déplacements

             

         Fracture en bois vert : angulation typique                     Bonne réduction et consolidation   Insuffisance de réduction : cal vicieux

 

LES FRACTURES-DÉCOLLEMENTS EPIPHYSAIRES GÉNÉRALITÉS

 

Les fractures-décollements épiphysaires sont fréquents chez l'enfant de 10 à 15 ans. (20 % des traumatismes). Les différentes formes des décollements épiphysaires seront vues dans les différents chapitres (genou, cheville, hanche, épaule, poignet).

Les cartilages de conjugaison sont très fragiles et sont souvent le siège de décollements purs ou de fractures-décollements épiphysaires qui sont classés en 5 types par SALTER et HARRIS.

La gravité réside dans le retentissement plus ou moins important sur la croissance. Le cartilage conjugal est une zone très richement vascularisée qui est le siège d'une activité cellulaire intense avec multiplication et transformation des cellules cartilagineuses en cellules osseuses. Plus la lésion traumatique se rapproche de l'épiphyse et plus elle sera dangereuse pour la croissance.

 

Classification de SALTER et HARRIS

Elle comprend 5 types de fractures-décollements, figurés ici sur une épiphyse fémorale inférieure

    

                    Type 1                 Type 2                   Type 3                 Type 4                 Type 5

Type 1 de SALTER et HARRIS

C’est un décollement épiphysaire pur, sans fracture.

La totalité du cartilage conjugal est touchée par le traumatisme.

Le déplacement est d'amplitude très variable.

Lorsqu'il y a un gros déplacement, le périoste du côté du bâillement est rompu, soit au niveau des cartilages, soit beaucoup plus haut et il risque de s'interposer lors de la réduction.

 

           

Décollements épiphysaires purs de type 1 du genou et de l’épaule. Les broches sont obligatoirement transfixiantes

 

Toute imperfection radiologique de réduction doit faire suspecter cette interposition et doit conduire à pratiquer une réduction chirurgicale.

Décollement du périoste = interposition possible lors de la réduction. Une interposition persistante risque d'entraîner une épiphysiodèse par maturation osseuse précoce (par absence de stimulation du cartilage conjugal et barrière à la revascularisation).

Il faut donc exiger une réduction parfaite, immobiliser par un plâtre et on devra contrôler l'absence de déplacement secondaire.

Plus rarement, il peut être indiqué de stabiliser la réduction par des broches. Ces broches doivent nécessairement traverser le cartilage de croissance. Les broches doivent être peu traumatisantes pour éviter de provoquer une épiphysiodèse. Les broches seront enlevées avant 6 semaines.  Toutes les manœuvres de réduction, orthopédiques ou chirurgicales doivent être atraumatiques pour ne pas ajouter des lésions vasculaires aux lésions liées au traumatisme lui même.

 

Type 2 de SALTER et HARRIS

 

Le décollement se poursuit avec une fracture d'un petit coin du côté métaphysaire.

Il peut y avoir ici aussi une interposition périostée comme dans le stade 1.

Le petit coin osseux métaphysaire peut être dépériosté et de ce fait, il peut être dévascularisé et évoluer vers une nécrose et une épiphysiodèse en regard du fragment osseux.

La contention par plâtre est le plus souvent réalisée.

La fixation par broches ou par vis (genou, cheville) est indiquée si le petit fragment est assez gros.

 

     

Lésions de type 2 sur une phalange  et sur une cheville avec interposition d’un lambeau de périoste

   

Lésions de type 2 fixée par une seule vis au genou et une broche au 1er métacarpien

. 

Quand cela est possible, sans risquer de léser la plaque de croissance, il est préférable de placer 2 vis

 

Type 3 de SALTER et HARRIS

 

Le décollement est partiel et il s'arrête au niveau d'une fracture verticale qui sépare un petit fragment  de l’épiphyse.

Une réduction parfaite s'impose le plus souvent chirurgicalement, car il importe d'avoir non seulement un cartilage conjugal bien réduit, mais aussi que le cartilage articulaire soit rétabli intégralement, afin d’éviter un retentissement sur la fonction articulaire. On fixe le plus souvent le fragment par des vis ou par des broches.

 

Fractures-décollements de la malléole interne de type 3

                        

Ostéosynthèse par une vis à spongieux transversale de 2 fractures type 3 du genou et de la cheville

Type 4 de SALTER et HARRIS

 

Il s'agit d'une fracture qui traverse le cartilage conjugal sans le décoller.

La réduction doit être parfaite et le risque d'épiphysiodèse est malgré tout important. On voit souvent se développer des épiphysiodèses "en étoile" déformant l'articulation.

La fixation se fait par des broches au niveau des petites articulations et par des vis au genou.

 

Salter 4 au niveau de la malléole interne que l’on peut fixer par 2 broches ou par 2 vis

  

Cas particulier de la fracture du tubercule de Tillaux    Fracture des malléoles correspondant à des types 1 et 4 de Salter

 

Type 5 de SALTER et HARRIS

 

Ce sont des lésions par compression verticale.

Les épiphysiodèses sont fréquentes après ces traumatismes. Très souvent, le diagnostic n'est pas fait et l'on parle d'entorse banale.

Le traitement consiste en une immobilisation simple, mais celle ci ne peut permettre d'éviter complètement le risque d'épiphysiodèse qui est très grand. Tous les types d'épiphysiodèses, partielles ou totales, sont ici possibles.

On peut rapprocher du type 5 les traumatismes directs des apophyses fertiles (tubérosité tibiale antérieure, grand trochanter) par contusion, choc ou chute et qui entraînent des arrêts de développement.

 

 

Un traumatisme en compression peut créer une épiphysiodèse complète ou partielle

 

Le traitement de tous ces décollements doit comporter une RÉDUCTION la plus parfaite possible, orthopédique ou chirurgicale avec une SURVEILLANCE régulière (radiologique et clinique) pour dépister la survenue des épiphysiodèses.

Les ÉPIPHYSIODÈSES post-traumatiques

 

Les épiphysiodèses peuvent survenir avec tous les types de lésions du cartilage conjugal, mais c'est le type 5 qui est le plus dangereux et ensuite les types 3 et 4.

La croissance peut être arrêtée totalement ou seulement en partie.

 

- Épiphysiodèse complète

Une épiphysiodèse complète entraînera une inégalité de longueur des membres par arrêt de la croissance. L'importance de l'inégalité dépend de l'âge du sujet au moment du traumatisme. Plus le traumatisme surviendra tôt, plus la croissance sera perturbée sur une plus longue période. La gravité de l'inégalité dépend aussi de la localisation anatomique. Les cartilages fertiles sont situés près du genou (qui est donc l'articulation la plus sensible) et loin du coude.

Potentiel de croissance de chaque métaphyse

- Épiphysiodèses partielles

Elles entraînent des déviations angulaires en freinant une partie de la plaque conjugale alors que la partie opposée poursuit sa croissance. On peut voir se constituer progressivement des déformations variées en fonction de la localisation de la zone d'épiphysiodèse. 

Les conséquences sur le plan esthétique sont parfois importantes.

Les conséquences sur le plan statique et fonctionnel sont considérables et justifient des traitements chirurgicaux correcteurs.

                

                   Epiphysiodèses de la tubérosité tibiale créant un recurvatum et      en arrière de la zone fertile du fémur créant une flexum  

                                                            

Epiphysiodèses du fémur distal créant un valgus ou un varus      Epiphysiodèse centrale créant un arrêt

 

Les tentatives de "désépiphysiodèse"

 

Les "désépiphysiodèses" sont des tentatives qui consistent à réséquer la zone d'épiphysiodèse, c'est à dire ce pont osseux qui existe entre épiphyse et métaphyse et qui empêche le cartilage conjugal restant de proliférer normalement. Après le repérage et la résection de cette zone on la remplace par du tissu étranger (plastique mou, ciment acrylique etc..) dans le but d'empêcher l'os de se développer à nouveau et de reconstituer le pont. La croissance peut alors se poursuivre au niveau du cartilage sain qui entraîne l'ensemble.

On a pu assister à des résultats spectaculaires mais cette méthode n'évite pas toujours le recours à des ostéotomies correctrices, ni à des opérations d’allongement de membres restés trop courts.

 

 

           Pont d’épiphysiodèse interne bien vu en IRM             Tentative de désépiphysiodèse avec stabilisation du varus

Désépiphysiodèse avec correction progressive de la déformation

 

 

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TRAITEMENT DES CALS VICIEUX

 

Les corrections angulaires par ostéotomies

Chez l’enfant et l’adolescent jeune, des précautions particulières sont prises.

Les ostéotomies correctrices sont indiquées dans les cas de déviations angulaires très importantes. Elles donnent des résultats temporaires si la croissance n'est pas terminée, car la partie encore saine du cartilage conjugal conserve son potentiel de croissance et la déformation réapparaît. Dans certains cas on préfère attendre la fin de la croissance, si cela est possible, pour faire une ostéotomie correctrice. Parfois la déformation et la gêne fonctionnelle sont telles que l'on ne peut attendre et que l'ostéotomie doit être réalisée, même chez un enfant. On devra donc alors répéter les ostéotomies plusieurs fois jusqu'à la stabilisation qui ne se fera qu’en fin de croissance.

La technique dépendra de l’importance de la déformation et de l’âge et visera toujours à ne pas léser le potentiel de croissance restant en faisant les ostéotomies à distance des zones fertiles.

Le genou est l'articulation portante la plus menacée par les séquelles des traumatismes des cartilages de croissance et les épiphysiodèses revêtent ici un caractère fonctionnel particulier.

 

 

 

 

Exemple d'un genu varum provoqué par une

 épiphysiodèse fémorale interne, corrigé par ostéotomie courbe.

 

 

 

 

 

Autre exemple typique et fréquent d'un genu recurvatum provoqué par une épiphysiodèse antérieure du cartilage conjugal de l'extrémité supérieure du tibia (créé par un décollement épiphysaire ou le plus souvent par une contusion directe de la partie antérieure du cartilage conjugal responsable du développement de la région de la tubérosité tibiale antérieure). La correction est réalisée ici par une simple ostéotomie de relèvement antérieur avec une greffe. La tubérosité tibiale est refixée par dessus la greffe à la bonne hauteur.

 

       

       Epiphysiodèse créant une inversion de la pente du tibia.        Radio de contrôle au cours d’un relèvement par greffe

 

La correction des inégalités post-fracturaires des membres

 

- Les membres courts

 

Les épiphysiodèses provoquent au niveau des membres inférieurs de l'enfant des troubles statiques qu'il faut compenser par des talonnettes (dans ou sous les chaussures des membres courts) ou par des opérations d'égalisation. L'équilibre du bassin et du rachis est à ce prix.

Les cals vicieux par chevauchement initial des fractures diaphysaires donnent rarement des raccourcissements purs et ils associent en général des déformations complexes avec angulation et rotation. Les ostéotomies correctrices sont donc souvent complexes dans plusieurs plans.

 

- Les membres longs

 

La stimulation de la croissance en longueur est possible chez l'enfant après une fracture. Prenons l'exemple des fractures de la diaphyse du fémur de l'enfant. Lorsqu'on fait des réductions parfaites on remarque en fin de croissance des allongements notables de plusieurs centimètres. C'est la raison qui explique pourquoi on ne cherche pas à obtenir une réduction complète du chevauchement des fractures du fémur de l'enfant, lorsqu'on les traite par une traction collée au zénith. De telles fractures peuvent consolider avec un raccourcissement de 3 ou 4 cm et on assiste, après un an ou deux, à l'égalisation spontanée par allongement du côté fracturé.

- Les opérations d'égalisation des membres

Les ostéotomies de résection pour membres trop longs sont tout à fait possibles mais elles ne doivent être réalisées qu'en fin de croissance, lorsque l'on peut apprécier l'inégalité définitive.

- Opération d'allongement-raccourcissement.

 

On peut coupler une opération d'allongement du côté court et raccourcir un peu le côté long dans les inégalités très importantes. Cette méthode peut être préférée à une opération d'allongement seul si l'allongement à réaliser est trop important. On utilise alors le cylindre d'os réséqué d'un côté pour le greffer de l'autre.

Le montage avec un clou centro-médullaire (simple ou verrouillé) est utilisé.

 

 

Les opérations d'allongement des os trop courts sont possibles. On peut les réaliser avec des fixateurs externes, en écartant les deux segments osseux après ostéotomie. L'allongement est progressif sur plusieurs semaines en utilisant un dispositif à vis de distraction (fixateur en cadre ou fixateur de Wagner). La zone osseuse écartée est ensuite greffée et fixée par une plaque.

      

   Fixateur transfixiant                                     Allongement avec le fixateur de Wagner, puis greffe+plaque        

- Allongements sans greffe osseuse

On peut aussi assister à des reconstitutions spontanées pendant l’allongement si on réalise une distraction très progressive avec un fixateur selon la méthode d'ILIZAROV. Une simple corticotomie est faite (couper l'os à travers une incision cutanée punctiforme) sans léser le périoste. Le cal est obtenu spontanément et il est de bonne qualité après 6 mois.  

     

 

 

- Allongements du fémur sur clou téléscopique (GRAMMONT).

 

Une autre méthode permet de faire des allongements sur des clous centro-médullaires téléscopiques spéciaux. Ils sont munis d'un dispositif interne au clou, qui permet d'allonger de 1/15 mm chaque fois que l’on actionne le mécanisme (en pratique, on manipule le membre en lui imprimant une rotation interne forcée). Un déclic se produit à chaque gain et on peut allonger ainsi progressivement de 1 à 2 mm chaque jour. Avec ce dispositif on peut même faire l'ostéotomie transversale préalable «à foyer fermé» par l’intérieur du canal médullaire (avec une scie spéciale) sans ouvrir le périoste. Un simple abord court au niveau du grand trochanter suffit. La consolidation osseuse est obtenue sans greffe osseuse même pour des allongements de l'ordre de 6 à 7 cm. L’os se régénère spontanément, comme dans la méthode d’Ilizarov. Le clou est laissé jusqu'à la consolidation et il autorise un appui précoce.

 

 

 

 

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FRACTURES DE JAMBE

 

Nous étudions ici les fractures diaphysaires en passant vite sur les notions déjà développées.

Les fractures de l'extrémité supérieure du tibia seront traitées avec les fractures du genou et les fractures de l'extrémité inférieure avec la traumatologie de la cheville.

 

Etiologie

 

Ces fractures prédominent chez des sujets de 18 à 40 ans mais peuvent se voir à tout âge.

Elles se font le plus souvent par torsion (sport, ski) ou par choc direct (circulation et travail).

Exceptionnellement on a des fractures isolées du tibia ou des fractures isolées du péroné, mais le plus souvent ce sont des fractures des 2 os de la jambe. Les fractures sont parfois à des niveaux différents. Il y a un point faible à l'union du tiers moyen et du tiers inférieur du tibia, qui explique la prédominance des fractures à ce niveau. Le tibia est courbe dans les 2 plans.

 

L'enquête clinique est rapide et systématique

- Faire préciser le type d'accident et son horaire.

- Noter la déformation possible associant souvent

            * un raccourcissement

            * la rotation externe du fragment inférieur

            * une angulation à sommet antérieur et interne

- Bilan de l'état cutané : l'os est superficiel, sous cutané sur toute sa surface antéro-interne. La peau et le tissu sous-cutané sont minces et les fractures ouvertes sont fréquentes.

- Bilan vasculaire : chaleur et coloration du pied et recherche des pouls pédieux et tibial postérieur.

- Bilan articulaire du genou et de la cheville : bien chercher la présence de douleurs sur les ligaments et la présence d'une hémarthrose, témoignant de lésions articulaires associées. Les radiographies montreront si des fractures articulaires sus et sous jacentes sont associées à la fracture diaphysaire.

Les tests ligamentaires du genou sont difficiles à rechercher à ce moment et il faudra les faire au moment de l'anesthésie.

- Bilan général à la recherche d'autres lésions.

 

Les traits de fractures et les déplacements

 

Les radiographies comportent une face et un profil de toute la jambe avec les articulations.

- Fractures spiroïdes : 50 % des cas

            * Fractures par torsion le plus souvent diaphysaire bbasse. Le péroné est fracturé plus haut.

            * Il y a un biseau supéro-interne qui menace la peau.

            * Parfois il y a un trait de refend qui peut isoler un 3ème fragment en aile de papillon.

            * Il y a des spiroïdes courtes et des spiroïdes longues (les longues sont plus stables)

            * Le déplacement se fait par chevauchement, le plus souvent. Il tend à s'accentuer.

                  

- Fractures transversales

Elles succèdent à un choc direct et peuvent se voir à tous les niveaux. Le déplacement est variable. Cette forme peut être stable après réduction, à moins qu'il n'y ait un 3ème fragment.

- Fractures obliques courtes 

Elles sont très instables. L'ouverture cutanée peut se faire de dedans en dehors.

- Fractures comminutives

 Elles s'accompagnent de lésions des parties molles et sont très instables.

- Fractures bifocales ou à double étage

Il y a un fragment intermédiaire de diaphyse qui risque d'être isolé de la vascularisation. La vascularisation intra-osseuse est en effet peu importante et c'est la vascularisation périphérique qui est prédominante. On voit qu'elle peut être interrompue par la fracture et par le déplacement.

               

- Fractures isolées du tibia

Le déplacement est limité par l'intégrité du péroné. Le trait est oblique et la réduction est difficile à maintenir par un plâtre. Nombreux sont les partisans de l'ostéosynthèse dans ces cas.

- Les déplacements de toutes ces fractures combinent angulation, translation, chevauchement, et décalage (rotation).

 

Évolution

 

- La consolidation d'une fracture de la jambe bien traitée se fait en 2 à 3 mois chez l'adulte, plus rapidement chez l'enfant. On parle de retard de consolidation au 4 ème mois s'il n'apparaît pas de signe de cal périphérique.

- Les complications sont celles de toutes les fractures diaphysaires (voir généralités).

 

Méthodes thérapeutiques

 

1°/ L'immobilisation des fractures sans déplacement 

Le plâtre est fait avec précautions pour ne pas créer de déplacement. Il faut plusieurs mains pour soutenir la jambe tout en plâtrant. La cheville et le genou sont  concernés : plâtre cruro-pédieux

.

2°/ L'extension continue

La traction continue est une méthode de moins en moins utilisée, sauf comme traitement d'attente avant une ostéosynthèse pour les fractures graves avec lésions des parties molles, puisque celle-ci est impossible d'emblée (polytraumatisés, blessé inopérable etc..).

La traction se fait sur un plan incliné avec une broche trans-calcanéenne et un étrier de traction. Le poids est réglé pour aligner la fracture (4 à 6 kg). On utilise soit une broche trans calcanéenne soit un étrier de Cunéo qui possède 2 pointes qui pénètrent dans l’os de part et d’autre.

L'inconvénient principal de cette méthode, outre l’inconfort pour le blessé, est l'absence d'immobilisation rigoureuse de la fracture. Il persistera en effet des mouvements des fragments lors de chaque déplacement du corps dans le lit qui seront susceptibles de solliciter la peau et d'entraîner des nécroses cutanées secondaires avec risque d'infection.


                                                                                               étrier de CUNÉO

3°/ La réduction sur cadre de TRILLAT suivie de plâtre.

 

- La réduction est réalisée sous anesthésie générale sur un cadre orthopédique (dérivé du cadre de BOEHLER, modifié par TRILLAT).

 

 

- La traction est assurée grâce à un étrier de Cunéo dont les pointes s'enfoncent dans le calcaneum de chaque côté et pourront s'écarter ensuite, dès que le plâtre sera confectionné (on peut utiliser aussi une broche trans-osseuse et un étrier classique).

- Le genou est en flexion avec un appui au niveau du creux poplité.

- La réduction est réalisée sous contrôle radiographique ou mieux par l'amplificateur de brillance avec écran télévisé.

- Le plâtre est confectionné soigneusement. Il est circulaire et bien garni à l'intérieur et il sera fendu. La surveillance du plâtre sera rigoureuse et le traitement anticoagulant systématique.

- Les déplacements sous plâtres seront dépistés par des radiographies systématiques. Ils pourront être corrigés par une gypsotomie s'il y a une simple angulation.

Les déplacements  plus complexes devront être réduits, soit par une nouvelle tentative sous anesthésie générale et sur cadre orthopédique, soit par une intervention sanglante.

 

Le plâtre initial est donc un plâtre cruro-pédieux avec le genou fléchi, qui sera remplacé au bout de quelques semaines par un cruro pédieux le genou à peine fléchi puis par une botte plâtrée de marche si la consolidation a évolué favorablement après 6 semaines.

4°/ La méthode de SARMIENTO

 

Elle permet un appui précoce dans certaines formes de fractures. Le plâtre cruro-pédieux initial est remplacé vers la 3ème semaine par un plâtre de marche spécial. Cet appareil est caractérisé par un moulage serré des masses musculaires qui joueront le rôle de tuteur compressif pour l'os. Les appuis sont bien modelés au niveau des condyles fémoraux et du tendon rotulien et de la rotule. On pourra même dans certains cas réaliser des appareils en plastique avec articulation à la cheville, facilitant la marche.

Le principe de la méthode est de maintenir par un cylindre moulé une compression des masses musculaires qui stabilise ainsi les fragments osseux suffisamment pour permettre un certain appui du membre. Cette charge est  transmise sur les reliefs osseux soigneusement modelés.

Les avantages de cette méthode sont une reprise plus rapide de la fonction et de l'appui.

La consolidation est stimulée par l'appui, à condition que l'on ne crée pas de déplacement secondaire, ce qui arrive malheureusement assez souvent.

          

5°/  L'association du plâtre et de broches

 

On laisse en place la broche du calcaneum qui a permis la réduction et on ajoute une autre broche à la partie supérieure du tibia (Carlo RE)

Les broches sont noyées dans le plâtre et laissées pendant 30 à 45 jours. Cette méthode a plusieurs inconvénients :

C'est une méthode longue, il peut y avoir surinfection au niveau des broches et les déplacements secondaires sont fréquents. Elle est peu pratiquée aujourd’hui.

L'inconvénient principal de toutes les méthodes orthopédiques est le déplacement secondaire  qui conduit à des cals vicieux, ce que l'on peut éviter avec les méthodes chirurgicales.

 

6°/  L'ostéosynthèse à foyer ouvert

 

 Lorsque l'ostéosynthèse est réalisée dans de bonnes conditions d'asepsie et de technique, les risques d'infection sont minimes et la méthode a certains avantages. Elle apporte une stabilité qui permet d’éviter l'immobilisation plâtrée. Il n'y a pas de cal vicieux après une bonne ostéosynthèse.

 

- Le vissage simple

Les vis seules sont rarement suffisantes, sauf dans les fractures spiroïdes longues. Ce type de montage n'évite pas un plâtre protecteur, mais il permet une excellente réduction. Cette méthode combine les inconvénients des 2 méthodes le plâtre et l'abord chirurgical.

 

- Les cerclages métalliques sont très insuffisants pour les fractures de jambe (sauf pour les spiroïdes) et ils ont été abandonnés. Ils avaient l'inconvénient de dévasculariser les fragments.

 

- Les plaques vissées

Elles permettent une très bonne réduction et une bonne stabilité et  évitent le plâtre, mais nous avons vu qu'elles ont des inconvénients :

La dévascularisation de l'os et le retard apporté à la consolidation avec un cal de moins bonne qualité. Les plaques ne sont plus utilisées pour les fractures diaphysaires et elles sont réservées surtout aux fractures des extrémités.

   

Fractures basses de la jambe traitées avec des plaques internes ou externes

 

Fracture proximales de la jambe traitées avec des plaques internes ou externes

 

7°/  l'enclouage centro-médullaire à foyer fermé

 

Technique : Préparation du canal par la surface pré spinale du tibia. La réduction est obtenue, si possible, sans ouverture du foyer et on introduit alors un guide métallique dans le canal.

L'alésage va permettre l'introduction d'un gros clou. A cet effet, des "alésoires" de calibres croissants sont introduits sur le guide et lorsque le canal médullaire a le calibre voulu, on introduit le clou adéquat. On stabilise ainsi très bien les fragments. Seule la rotation peut parfois être insuffisamment bloquée, en particulier lorsque le trait de fracture siège à distance du tiers moyen de la diaphyse là où le canal est étroit ou en cas de fragments multiples.

 

Technique de l’enclouage du tibia: Préparation de l'orifice d'entrée. Introduction du guide. Alésage avec des alésoirs de calibres croissants. Introduction du clou.

 

                                  

Aspect d’un clou pour  tibia : Le clou est creux et sa forme trifoliée augmente sa rigidité.            Enclouage simple

 

- Le clou "verrouillé" par des vis (KEMPF et GROSSE)

Dans le but de bloquer la rotation, on préconise les clous verrouillés. Il s'agit de clous percés de trous transversaux à leurs 2 extrémités, à travers lesquels sont introduites des vis supplémentaires. Les vis sont enlevées avant la consolidation définitive, vers la 6 ème semaine et l'appui autorisé, ce qui stimule la formation du cal. On peut verrouiller une extrémité du clou ou les deux.

La mise en place des vis à travers l'os et le clou nécessite l'utilisation d'un dispositif de visée et de la radioscopie et ce système présente l'inconvénient d'irradier les chirurgiens.

 

                         

Clou verrouillé par des vis   Clou à ailettes de Grammont                      Clou pour fracture comminutive

 

Clou à ailettes de Grammont : ce clou est muni à l'intérieur, d'un dispositf à "géométrie variable" fait de deux ailettes qui peuvent s’écarter à l'extrémité distale du clou. Les ailettes sont poussées par l'autre extrémité et s'écartent dans l'os métaphysaire où elles bloquent la rotation.

 

Les indications dans les fractures du tibia sont fonction de l'âge, de la localisation du trait, de la forme du trait, de l'ouverture cutanée et des habitudes du chirurgien.

 

 

     

 

Les indications thérapeutiques dans les fractures de la jambe

 

A / En fonction de l'âge

Les fractures fermées de l'enfant et de l'adolescent se traitent toutes orthopédiquement. Il n'est pas question d'introduire un clou à travers le cartilage conjugal avant la fin de la croissance. Le risque de provoquer une épiphysiodèse est en effet trop grand.

 

B / En fonction du trait de fracture

- Les fractures transversales sont stables et consolident bien avec le traitement orthopédique. Les partisans de l'enclouage y voient aussi une des meilleures indications du clou centro-médullaire car l'appui pourra être repris immédiatement.

- Les fractures spiroïdes : Le plâtre simple n'évitera pas toujours des déplacements secondaires. Le vissage simple est possible mais il n'évitera pas le plâtre pendant quelques semaines. Le vissage associé à une plaque vissée de neutralisation est adopté par beaucoup. L'enclouage centro-médullaire peut presque toujours être réalisé dans les fractures spiroïdes.

 

- Les fractures comminutives peuvent être enclouées à foyer fermé. La stabilité n'est pas toujours excellente dans ces cas et on a la possibilité d'ajouter un verrouillage du clou en haut et en bas par des vis transversales qui bloquent les rotations et maintiennent la longueur correcte.

 

- Les fractures à double étage sont une indication de l'enclouage à foyer fermé mais dans ces cas, l'alésage est dangereux. En effet, le fragment intermédiaire risquerait de tourner et d'être arraché sous l'action des fraises des alésoires qui attaquent l'os. On devra faire très attention car on ne peut bloquer ce fragment intermédiaire (sauf en le saisissait avec un davier, mais cela obligerait à ouvrir le foyer). Il faut donc se contenter d'un petit clou "d'alignement" à foyer fermé sans alésage et renforcer le montage par un verrouillage avec des vis.

 

- Les fractures isolées du tibia

Elles sont souvent obliques et ont une fâcheuse tendance à se déplacer créant un varus en raison de l'intégrité du péroné. On peut voir parfois des luxations de l'articulation péronéo-tibiale supérieure. Ces fractures peuvent être traitées par plâtre mais à condition de surveiller l'absence de déplacement secondaire (fréquent). Elles constituent en cas de déplacement irréductible une bonne indication de l'enclouage centro-médullaire à foyer fermé.

Bonne stabilité des fractures transversales (A), par rapport aux fractures obliques (B)

 

- Fractures isolées du péroné 

Elles sont dues à des chocs directs. Elles consolident habituellement sans réduction et sans ostéosynthèse au 1/3 moyen. Elles peuvent être gênantes au 1/3 inférieur au même titre que les fractures de la malléole externe qui retentissent sur la pince malléolaire et peuvent nécessiter une réduction et une ostéosynthèse.

 

- L'extension continue peut permettre d'attendre l'amélioration des conditions cutanées avant de prendre la décision de faire une ostéosynthèse (qui pourra se faire 2 à 3 semaines plus tard).

Le traitement antibiotique est systématique.

 

C/ Indications en fonction du siège de la fracture

Le siège idéal est le tiers moyen mais on peut obtenir une bonne stavilité pour le tiers proximal et distal à conditions de verrouiller le clou.

Dans les fractures basses des 2 os de la jambe, on peut utiliser conjointement un clou tibial et une plaque pour le péroné

      

                Fracture basse avec clou tibial et plaque péronière             Très bonne qualité du cal osseux obtenu

 

Les résultats de l’enclouage centro médullaire à foyer fermé sont bons si la technique est correcte. La qualité du cal osseux est excellente et les pseudarthroses sont exceptionnelles.

 

D / En fonction des lésions cutanées

 

- Aux stades 1 et 2, on peut réaliser un parage et une fermeture cutanée et immobiliser orthopédiquement ou par clou centro-médullaire. En particulier les ouvertures cutanées de dedans en dehors avec plaie franche et propre peuvent être opérées, malgré un risque de surinfection qui n'est pas négligeable.

- Le fixateur externe est utilisé pour les lésions de type 3 ou pour des plaies très souillées.

 

                         

Fixateur d’Hoffmann montages  en V                               Montage en V avec cicatrisation dirigée

  

  Fixateur d'Hoffmann       Fixateur de Judet      Fixateur de Müller                Orthofix          Fixateur d’Ilizarov

 

        

Les fractures métaphysaires ouvertes sont traitées par des fixateurs dans l’épiphyse ou prenant appui au delà

 

Traitement des pseudarthroses de jambe

 

1/ Traitement des pseudarthroses hypertrophiques

 

Les pseudarthrose hypertrophiques sont rares après un traitement orthopédique bien conduit. Elles surviennent plutôt après une fracture ouverte ou après une ostéosynthèse par plaque créant une dévascularisation intempestive des fragments.  On peut les traiter de différentes manières :

 

- Une simple ostéosynthèse par clou centro-médullaire, après avoir récréé le canal médullaire (qui est obturé par le cal endosté anarchique) peut suffire, grâce à la stabilisation et à la mise en compression lors de la reprise de la marche.

 

- La décortication ostéo-musculaire de JUDET donne d'excellents résultats sur la consolidation des pseudarthroses hypertrophiques, sans qu'il soit absolument nécessaire de faire une greffe osseuse complémentaire, mais celle-ci est néanmoins possible (voir généralités). On ajoute souvent une ostéosynthèse à la décortication (plaque ou clou).

 

- Les greffes apposées ou vissées peuvent être réalisées en association avec une ostéosynthèse.

Les meilleurs résultats sont obtenus avec l'association d'une décortication, d'une greffe et d'une ostéosynthèse par clou centro-médullaire.

 

                           Décortication de Judet                                 Clou + décortication                          Clou + greffe vissée

 

2/ Traitement des pseudarthroses avec perte de substance osseuse

 

Elles sont traitées par l'apport de greffe osseuse massive (apposée ou vissée, double greffe vissée ou greffe massive plus clou).

           Greffe apposée (Phémister)                          Greffes vissées                                          Clou + greffe

 

3/ Traitement des pseudarthroses infectées

 

Les pseudarthroses infectées sont très difficiles à traiter et il est souvent nécessaire de réaliser plusieurs opérations successives. Le traitement dure souvent plusieurs mois ou années. Parfois, l'amputation vient terminer une longue évolution après une série d'opérations répétées. La gravité des pseudarthroses infectées est variable en fonction de la perte de substance osseuse et de la qualité de la couverture cutanée ou musculaire. Au niveau de la jambe, la couverture est souvent mauvaise et il faudra essayer de faire des plasties avec des lambeaux musculaires qui sont difficiles à réaliser et nécessite la collaboration de chirurgiens plasticiens expérimentés.

 

Les grands principes sont le curetage-excision, l'ostéosynthèse par fixateur et la greffe osseuse.

- L'excision de tous les tissus nécrotiques et infectés, en particulier l'ostéite, est obligatoire. L'os dévitalisé entretient en effet l'infection et toute la difficulté est de réaliser une excision de l'os atteint, sans enlever l'os sain. Il est souvent difficile de voir à l'oeil nu la limite entre l'os sain et l'os mort. L'excision osseuse conduit parfois à des pertes de substance larges dont le comblement devient délicat.

- L'ostéosynthèse est habituellement réalisée avec un fixateur externe qui prend appui à distance des zones infectées.

 

- Différents types de greffes osseuses pour pertes de substance osseuse sont possibles :

 

A/ Si la couverture cutanée est correcte

 

- On peut faire des greffes massives d'os cortico-spongieux (iliaque) mais elles ne peuvent être envisagées qu'après excision et nettoyage de l'os, guérison de l'infection et des fistules cutanées.

 

 

 

- Les interpositions de péroné vascularisé sont réalisées depuis quelques années. Le péroné controlatéral est transplanté, avec son pédicule veineux et artériel, contre les fragments du tibia malade avec des sutures micro chirurgicales. Il s'agit d'une technique difficile dont les résultats sont bons, surtout dans les cas où les techniques classiques ont échoué. La greffe d'un os vivant d'emblée accélère considérablement le délai de consolidation.

 

 

 

 

 

 

B/ Lorsqu'il y a une perte de substance cutanée et une perte de substance osseuse associées

 

On peut conduire le traitement de plusieurs façons :

- Soit des gestes préalables de chirurgie plastique sont réalisés pour obtenir le recouvrement. On s'adresse à des lambeaux cutanéo-musculaires pédiculés qui ont l'avantage d'aider à la revascularisation secondaire de l'os (lambeaux pédiculés provenant du même membre ou du membre opposé par "cross-leg" ou lambeaux transférés avec sutures veineuses et artérielles micro chirurgicales).

Dans un deuxième temps, après cicatrisation du lambeau, sera réalisée la greffe osseuse en rouvrant les parties molles devenues saines et en comblant l'espace interosseux.

 

           

Différents lambeaux de recouvrement (Cross -leg, lambeau de jumeau et de grand dorsal)

 

- Soit on peut recourir à la méthode de PAPINEAU

 

La méthode de Papineau est une greffe osseuse à ciel ouvert et elle comporte plusieurs temps :

a) dans un premier temps, on excise les tissus infectés et l'os nécrosé jusqu'en territoire sain, en laissant à l'air l'os sain restant. La plaie est lavée régulièrement et l'os sain se recouvre peu à peu de tissu de granulation. Ce bourgeonnement devient épais et recouvre complètement l'os restant ainsi que les berges des parties molles périphériques en 2 à 3 semaines.

                                                                               L'excision des fistules et de l'os nécrosé laisse une large

                                                                                cavité d'os sain qui se recouvre d'un tissu de granulation

           

b) Le 2ème temps consiste à combler la totalité de la cavité avec de l'os spongieux (prélevé sur les crêtes iliaques postérieures ou dans les métaphyses du genou).

L'os spongieux déposé au contact du tissu de bourgeonnement va être envahi par lui et colonisé depuis la profondeur vers la surface en quelques semaines. Il se revitalise grâce au bourgeon charnu vivant. On peut ainsi combler de larges pertes de substance. Les soins locaux ont une grande importance. Des lavages quotidiens sont réalisés avec une irrigation par goutte à goutte et la greffe est protégée entre les irrigations par du tulle gras et un pansement stérile.

L'os greffé devient rapidement vivant malgré son exposition à l'air libre. Les bourgeons recouvrent l'os et s'épaississent. 

 

     

Comblement par le spongieux    Irrigations quotidiennes jusqu’au recouvrement par le bourgeonnement

 

            c) Le 3ème temps  consiste en une greffe de peau lorsque toute la greffe osseuse est envahie et recouverte par le bourgeonnement. Cette greffe n'est pas toujours indispensable car l'épidermisation spontanée peut aboutir à un recouvrement spontané depuis la périphérie. La greffe cutanée peut faire gagner du temps et elle apporte parfois une meilleure qualité de peau.

 

La méthode de Papineau poursuit un triple but : juguler l'infection tout en obtenant le comblement et la consolidation de la pseudarthrose par transformation progressive de l'os spongieux en os cortical et obtenir la couverture cutanée.

La méthode de Papineau représente également le traitement de choix des ostéites résiduelles sur os solide. La technique est la même à la différence près que sur un os solide, l'excision osseuse ne fragilise pas assez l'os pour nécessiter la protection d'un fixateur externe.

 

     

              Guérison d’une pseudarthrose infectée en 5 mois                   Perte de substance osseuse large guérie en 6 mois

 

- Soit, on utilise les opérations de "tibialisation du péroné"

 

Lorsque l'infection persiste ou lorsque l'on craint son réveil par un abord direct, on peut "court circuiter" la pseudarthrose du tibia et obtenir une stabilisation par l'intermédiaire du péroné, s'il est solide, sans agir sur la pseudarthrose infectée elle-même. Les opérations de "tibialisation du péroné" sont multiples. Elles ont un but commun qui est de faire prendre en charge les contraintes par le péroné après l'avoir solidarisé au tibia directement ou indirectement.

On peut aussi tibialiser le péroné en réalisant une greffe inter-tibio-péronière avec un greffon iliaque. Le péroné ainsi dérivé, renforcé et mis en charge, absorbe peu à peu toutes les contraintes et il peut devenir progressivement de plus en plus volumineux. L'appui doit être très progressif. On pourra toujours renforcer secondairement le tibia par une greffe.

Actuellement, on réalise de plus en plus souvent des greffes de péroné vascularisé en prélevant un segment du péroné controlatéral avec ses vaisseaux et on réalise des micro-anastomoses. Cette chirurgie demande le concours d’un chirurgien vasculaire entraîné à cet exercice particulier.

                                  

Tibialistion du péroné (Zanoli)           Greffe intertibio-péronière     

 

Traitement des cals vicieux de la jambe

 

    Les cals vicieux diaphysaires se font en varus, en valgus, en recurvatum, en flexum, en chevauchement ou en rotation. Ils sont souvent complexes associant plusieurs déformations.

- Les raccourcissements simples sont les mieux supportés, à condition qu'ils n'excèdent pas 2 cm. Ils sont facilement compensés par une semelle orthopédique pour équilibrer le bassin. Au delà de 3 cm il peut être justifié d'envisager une intervention d'égalisation des membres inférieurs (allongement ou raccourcissement du côté long).

- Les cals vicieux en rotation sont très gênants pour la marche et entraînent rapidement des arthroses douloureuses du genou, de la cheville et parfois de la hanche. Ils justifient des ostéotomies correctrices.

- Les cals vicieux angulaires les plus mal supportés sont les déformations en valgus et surtout en varus. Ils entraînent très vite une surcharge du genou avec une arthrose du compartiment fémoro-tibial externe ou interne.

 

Correction par ostéotomie dans le cal (avec ostéosynthèse par plaque ou par clou) ou ostéotomie à distance

 

Les ostéotomies correctrices peuvent se faire dans le cal lui même, soit par résection cunéiforme soit par des ostéotomies d'ouverture comblées avec des greffes. L'ostéosynthèse se fait par clou ou plaque vissée.

Parfois, lorsque la déformation angulaire est minime, on préfère corriger à distance du cal, au niveau des métaphyses pour favoriser la consolidation dans un os moins remanié. (surtout lorsque la fracture initiale a été ouverte ou infectée ou qu'elle a donné lieu à un retard de consolidation).

 

En conclusion

Le traitement des fractures de la jambe doit être précoce pour apporter les meilleurs résultats.

Le choix des méthodes de traitement est basé sur l'âge, la forme de la fracture, l'état cutané et vasculaire et les habitudes du chirurgien.

 

Les méthodes chirurgicales sont celles qui évitent les cals vicieux mais les retards de consolidation sont plus fréquents, sauf avec l'enclouage à foyer fermé qui est la méthode de choix chez l'adulte.

 

L'ostéosynthèse n'est justifiée que si le gain est net sur la consolidation et sur la reprise de la fonction et sans introduire d’infection.

La réduction doit être de bonne qualité et la reprise de la fonction doit être rapide.

 

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FRACTURES DE LA DIAPHYSE DU FÉMUR

 

GÉNÉRALITÉS

 

Le fémur est un os particulièrement résistant aux traumatismes en raison de son épaisseur et de sa conformation anatomique avec ses 3 courbures qui lui confèrent une élasticité et une résistance remarquables.

 Les 3 courbures et le bras de levier du col fémoral font que les contraintes sur l'os se répartissent en contraintes de compression et contraintes de tension qui expliquent les caractéristiques des fractures et les particularités de leur traitement. La répartition de ces contraintes est telle que la zone de tension qui est externe, à la partie supérieure, devient antérieure à la partie distale.

La diaphyse fémorale est limitée vers le haut par les massifs trochantériens et vers le bas par les surfaces articulaires condyliennes.

 

- Les fractures diaphysaires seront étudiées en 3 chapitres en fonction de la localisation des traits  

            . Fractures diaphysaires des 2/4 moyens

            . Fractures sous-trochantériennes (1/4 supérieur)

            . Fractures supra-condyliennes (1/4 inférieur).

 

- Il faut un traumatisme très violent pour provoquer de telles fractures et elles s'a

ccompagnent très souvent d'un état de choc qu'il faut traiter en urgence par un contrôle circulatoire  judicieux mais aussi par un alignement de la fracture et une immobilisation qui font partie des gestes urgents.

- Les masses musculaires de la cuisse sont volumineuses et elles jouent un rôle important dans le déplacement, en particulier dans le chevauchement, qu'elles contribuent à créer par leur rétraction. L'action des muscles rend illusoire toute contention par plâtre d'une fracture diaphysaire du fémur.

 

- L'évolution dépend de la qualité de la réduction et le pronostic lointain dépend beaucoup de l'état du genou qui, très souvent, présente une raideur séquellaire (limitation de la flexion).

 

FRACTURES DIAPHYSAIRES DES 2/4 MOYENS

 

Il faut un choc direct très violent comme un accident de la route ou un gros traumatisme indirect, associant flexion et torsion.

 

Ces fractures sont fréquentes chez les adultes et surtout chez les enfants de 3 à 5 ans.

 

Traits de fracture

Comme dans toutes les fractures diaphysaires des membres, le trait peut être transversal, oblique, spiroïde, bifocal ou comminutif.

 

Le déplacement est constant et il entraîne une crosse bien visible sur le milieu de la cuisse.

Le déplacement associe plusieurs déplacements élémentaires :

- angulation

- déplacement latéral

- chevauchement

- rotation externe fragment distal.

 

 

L'examen clinique permet de noter :

 

- La déformation caractéristique

- La douleur importante

- L'impotence totale

- Le choc qu'il faut prévenir ou traiter

- Les complications (cf. généralités), en particulier les lésions musculaires, cutanées et vasculo-nerveuses

- Les lésions associées (crâne, abdomen, rachis) et surtout celles qui sont fréquemment associées aux fractures du fémur :

                        . Les fractures du cotyle

                        . Les luxations de la hanche

                        . Les ruptures du ligament croisé postérieur

                        . Les fractures de la rotule.

       

               En position couchée, la position spontanée est le recurvatum. La traction devra éviter cette déformation

Évolution

Le traitement est urgent. Traitée correctement, cette fracture consolide en 90 à 100 jours si elle est fermée, avec une reprise de la marche au 4ème mois si la réduction est correcte (délai considérablement diminué avec l'enclouage).

Les séquelles les plus classiques sont :

  * l'amyotrophie,

  * la raideur du genou liée aux accolements, à la rétraction musculaire et à l'immobilisation. 

Les méthodes chirurgicales permettent de raccourcir les délais de mise en charge et évitent l'immobilisation et facilitent la rééducation du genou et des muscles.

 

Traitement

 

1° La réduction progressive :

 

a) La traction continue trans-osseuse

La traction se fait par l'intermédiaire d'une broche, d’un étrier et d'un poids correspondant au 7ème du poids du corps appliqué dans l'axe du fémur grâce à une poulie.

La broche peut être introduite au niveau de la tubérosité tibiale, mais une traction trans-tibiale présente l'inconvénient d'exercer la traction par l'intermédiaire des ligaments du genou.

La broche peut être introduite à travers les condyles fémoraux, ce qui permet une traction plus directe sur le fémur. Une broche trans-condylienne présent, par contre, l'inconvénient de gêner le chirurgien s'il doit faire plus tard une ostéosynthèse.

Il faut une broche très grosse, de type clou de Steinmann (de 4 mm). Elle peut être introduite sous anesthésie locale ou générale.

L'installation du blessé est très précise. La traction se fait sur une attelle de Braun avec le genou légèrement fléchi et le pied maintenu à 90°. La cuisse doit être soutenue en arrière pour éviter la tendance naturelle au recurvatum de la fracture.

 

  

La traction est possible avec une broche dans les condyles ou dans le tibia (avec 1/7ème du poids du corps)

 

La réduction est obtenue progressivement par un bon réglage des poids et elle est vérifiée par des radiographies de contrôle répétées.

Cette extension continue peut être une méthode d'attente avant une ostéosynthèse ou bien exceptionnellement, elle est choisie comme méthode unique de traitement. Il faut alors répéter les contrôles radiographiques tous les 8 jours et apporter les corrections nécessaires à une réduction parfaite. La consolidation est en général suffisante pour diminuer progressivement la traction au bout de 6 à 8 semaines. On peut réaliser un plâtre à partir de la 6 ème semaine.

 

b) La traction collée

 

- La traction au zénith. Un système de bandes adhésives peut permettre de réaliser une extension continue en évitant les broches trans-osseuses. Un tel système est en pratique uniquement appliqué à l'enfant avant 7 ans. La traction est appliquée au zénith par l'intermédiaire de 2 poulies et d'un poids. Le poids doit être suffisant pour décoller la fesse correspondante du plan du lit, de plusieurs centimètres, l'autre fesse reposant sur le lit.

La traction ne doit pas entraîner un écart entre les fragments et il est même souhaitable qu'il persiste un léger chevauchement car un léger raccourcissement du fémur sera, on l’a vu, vite compensé chez l'enfant par un allongement en quelques années.

Chez le petit enfant, la traction sera remplacée au bout de 3 semaines par un plâtre pelvi-dorso-pédieux. Sur un enfant plus grand ou un adulte, la traction se fait par une broche et un étrier.

 

    

Traction collée au zénith chez un petit enfant       ou par broche                             ou sur une attelle en flexion

 

- La traction collée sur attelle ou avec suspension peut permettre d'éviter une broche chez l'enfant entre 7 et 8 ans, mais elle donne des résultats moins bons.

 

La réduction progressive des fractures du fémur présente plusieurs inconvénients :

                        . L'alitement est prolongé

                        . La mobilisation du genou est difficile ou impossible

                        . Il peut persister des interpositions musculaires

                        . Les cals vicieux sont fréquents.

Cette méthode a néanmoins fait ses preuves chez l'enfant et elle est applicable à tous les cas.

 

2° Le traitement chirurgical

 

a) L'ostéosynthèse par plaque

 

Cette méthode a l'avantage de permettre une réduction anatomique, d'éviter le plâtre, de permettre la mobilisation rapide du genou. Elle présente malgré tout, quelques inconvénients déjà signalés dans le chapitre des généralités. Au niveau du fémur, les plaques vissées retardent les délais de consolidation et peuvent favoriser les accolements musculaires et limiter la flexion du genou. L’abord direct peut surtout favoriser l'infection qui parfois, peut transformer en une catastrophe, une fracture simple et fermée. L'ouverture du foyer de fracture est au fémur, encore plus qu'ailleurs, une source d'inconvénients importants que l'on cherche à éviter au maximum.

Les plaques vissées sont surtout utilisées pour les fractures distales et proximales du fémur.

 

                         

            Ostéosynthèse par plaque                                     Ostéosynthèse ici par vis-plaque de Judet

 

b) L'enclouage centro-médullaire à foyer fermé

 

C'est la méthode de choix pour les fractures diaphysaires.

La réduction est habituellement obtenue par une traction sur table orthopédique et sous anesthésie générale. Elle est réalisée sous contrôle radioscopique. La traction peut être appliquée sur le pied ou par l'intermédiaire de la broche de traction du genou s'il y en a déjà une.

L'enclouage se fait par une courte incision au niveau du grand trochanter sans ouvrir le foyer. L'ouverture du foyer de fracture n'est réalisée que lorsqu'il y a une interposition musculaire ou une irréductibilité complète.

Technique de l'enclouage du fémur : Un clou ne peut stabiliser une fracture que si le canal médullaire est préparé par un alésage. En effet, le canal médullaire n'est pas cylindrique et il se rétrécit au tiers moyen sur une dizaine de centimètres et s'élargit vite en haut et en bas (en tromblon). Seules les fractures des 2/4 moyens peuvent être bien stabilisées par un clou classique, à condition qu’il remplisse bien le canal préalablement calibré.

Le grand trochanter est abordé par une courte incision et il est perforé pour permettre l'introduction du guide, des alésoirs, et du clou.

Une broche guide est introduite en s'aidant par des manœuvres externes sur les fragments et grâce à un tuteur creux introduit dans le fragment proximal qui aide à cathétériser le canal médullaire.

Sur le guide laissé dans le canal, on introduit les alésoirs qui tournent à vitesse réduite et attaquent l'intérieur du canal. Le passage des alésoirs de calibres croissants peut poser des problèmes. Il ne faut pas fragiliser les fragments. Après un alésage qui peut aller jusqu’à 12 et 16 mm en fonction de la taille de l'os, on introduit un clou du calibre et de la longueur souhaitables et on retire le guide.

La stabilité apportée par l'enclouage centro-médullaire est excellente dans les fractures simples et elle permet une reprise rapide de l'appui avec cannes.

                     

Réduction par traction sur table orthopédique, sous AG et sous contrôle radioscopique.   Perforation du grand trochanter

  

Le canal médullaire est étroit sur le tiers moyen, un alésage est indispensable avec une sorte de trépan  métallique. En premier, on introduit une broche-guide puis les alésoires sur ce guide et enfin le clou.

 

Les fractures comminutives peuvent être enclouées sans alésage mais avec une stabilité moins bonne. Il s'agit alors d'un « enclouage d'alignement ». La rotation est mal contrôlée ainsi que la longueur et il peut être utile d'installer une traction collée pendant 15 jours à 3 semaines, jusqu'à ce que le cal fibreux s'organise et stabilise le foyer. On peut améliorer la stabilité par le verrouillage.

 

c) L'enclouage verrouillé ou claveté (Grosse et Kempf)

Il consiste à compléter la stabilité du montage précédent par des vis transversales ou obliques à travers l'os et le clou. On maintient ainsi la longueur correcte obtenue lors de la réduction et on bloque bien les mouvements de rotation des fragments autour du clou : c'est le montage statique.

L’introduction de ces vis dans des trous spéciaux ménagés aux extrémités du clou se fait avec un système de visée solidaire de l’appareil de radioscopie.

Technique de mise en place des vis transversales distales et proximales      Fracture complexe : enclouage à foyer fermé

 

Lorsque le clou est stable dans l’un des deux fragments principaux, seul le fragment mobile est verrouillé.

L'appui est alors possible progressivement sur le membre avec ce montage qui est dit "dynamique". La mise en charge précoce favorise le contact des fragments et la consolidation.

Lorsque les 2 extrémités sont verrouillées, le montage est dit statique et l’appui ne doit pas être autorisé avant que la consolidation osseuse soit suffisante.

 

 

d) L'enclouage élastique des fractures de l'enfant

Chez l'enfant, on pratique l'enclouage élastique (Métaizeau) avec de petits clous qui sont introduits dans le fémur au dessus des cartilages de croissance, de chaque côté. La stabilité n'est pas aussi parfaite qu'avec un clou centro-médullaire classique. L'appui ne sera pas autorisé avant 45 jours, mais on pourra mobiliser doucement les articulations voisines et protéger par une attelle. Le montage sera le même, quel que soit le niveau de la fracture diaphysaire. La méthode  est applicable au fémur au tibia et à l’humérus.

                                     

          Enclouage élastique du fémur selon la technique de Métaizeau                            Clous pour le tibia

 

e) Le fixateur externe

Le fixateur externe peut être utilisé pour les fractures largement exposées du fémur, avec de gros dégâts des parties molles. Parfois, les réparations de lésions vasculaires rendent indispensables une stabilisation des fragments par fixateur. Il en est de même si les lésions des parties molles nécessitent des interventions plastiques. La mise en place d'un fixateur au fémur est difficile et la solidité du montage n'est pas toujours satisfaisante, car on ne peut pas faire aussi aisément à la cuisse que pour le tibia un montage solide avec deux plans de broches en V.

Chaque fois que cela sera possible, on tentera de temporiser avec une traction continue, jusqu'à ce que l'on puisse faire un enclouage centro-médullaire.

 

3° TRAITEMENT DES COMPLICATIONS

 

a) Traitement des pseudarthroses du fémur

(voir pseudarthrose du tibia)

Comme pour les pseudarthroses du tibia, le traitement combine la décortication ostéo-musculaire de Judet, l'enclouage (ou les plaques vissées), les greffes apposées.

Les pseudarthroses infectées se traitent également selon les mêmes principes et avec les mêmes méthodes qu'au tibia. Le fixateur externe est ici d'utilisation plus difficile en raison de l'épaisseur des muscles et en raison de la présence des vaisseaux qui réduisent les emplacements des broches. La consolidation est souvent difficile à obtenir et l'évolution défavorable peut parfois conduire à des amputations.

 

b) Traitement des cals vicieux du fémur

Le retentissement des cals vicieux sur le genou et la hanche peut justifier des corrections chirurgicales. Un cal vicieux angulaire du fémur peut se corriger par  une ostéotomie au niveau du cal ou à distance  (métaphyse).

Un cal vicieux avec raccourcissement important peut être corrigé par allongement progressif (Méthode de Wagner). Le fixateur permet une distraction progressive, puis on comble l'espace par une greffe osseuse abondante et la stabilisation par une plaque vissée et ablation du fixateur externe. La méthode d’Ilizarov permet d’obtenir un allongement progressif sans apport osseux. Actuellement on réalise aussi (cf chapitre des généralités), des allongements sur clous centro-médullaires téléscopiques sans greffe osseuse.

         

Allongement selon la technique de Wagner                 Allongement selon Ilizarov   Clou  d’allongement de Grammont

 

c) Traitement des raideurs du genou après fracture
La raideur du genou est évitée par la rééducation précoce permise par des montages solides.

Les traitements orthopédiques très prolongés, de même que les ostéosynthèses compliquées, peuvent entraîner des retards à la rééducation avec constitution d'accolements musculaires sur le fémur avec rétraction et enraidissement du genou.

Le traitement chirurgical est alors le seul possible si la raideur persiste malgré la rééducation. L'opération consiste en une libération des adhérences synoviales développées dans l'articulation et surtout en une libération des adhérences entre les muscles et le fémur (opération de JUDET).

 

FRACTURES SOUS-TROCHANTÉRIENNES

 

Elles sont plus fréquentes chez l'adulte et le vieillard.

Elles sont dues à des traumatismes indirects, le plus souvent.

Le trait est transversal ou oblique. Les fractures comminutives sont dues aux chocs directs.

Le déplacement est caractéristique : crosse antéro-externe.

Le fragment supérieur est déplacé en abduction et flexion

Le fragment inférieur est déplacé en adduction rotation externe et il est ascensionné.

 

 

 

 

 

 

 

Déplacements des fractures

   sous-trochantériennes:

 

- Fragment supérieur:

     Abduction (fessiers)

      Flexion (psoas)

 

- Fragment inférieur:

     Adduction

      Rotation externe

      Ascension

 

 

 

 

 

 

 

Le traitement des fractures sous-trochantériennes

 

Il peut être orthopédique par traction continue.

Il est surtout chirurgical :

            * les lames plaques vissées ou les vis plaques sont un matériel de choix.

            * l'enclouage verrouillé peut également constituer une très bonne ostéosynthèse.

 

 

FRACTURES DIAPHYSAIRES BASSES ou SUPRA-CONDYLIENNES

 

Le traumatisme est important et souvent indirect.

Le trait est transversal ou oblique en bas et en avant, avec un fragment supérieur acéré qui risque d'embrocher le système extenseur et un fragment postérieur qui risque de créer des lésions vasculo-nerveuses en arrière.

Le déplacement est toujours le même :

     - Le fragment inférieur se déplace en arrière, attiré par les jumeaux. Il chevauche le fragment

       supérieur et bascule. Il y a de la rotation externe et une inclinaison (abduction ou adduction) 

     - Le genou parait élargi d'avant en arrière. Il y a une saillie osseuse au dessus de la rotule.

L'ouverture de la peau est fréquente.

Le quadriceps est embroché par le fragment osseux et peut être une cause d'irréductibilité.

 

Le traitement des fractures supra-condyliennes du fémur

- La traction continue trans-tibiale doit être combinée à une suspension sous le fragment distal.

Chez l'enfant, on poursuit la traction jusqu'à ce qu'on puisse mettre un plâtre (3 semaines). On peut utiliser l'enclouage élastique avec 2 clous divergents dans les condyles à partir du 1/3 sup.

Chez l'adulte, l'ostéosynthèse par plaque vissée (vis-plaque de JUDET, plaque de CHIRON) ou lame-plaque vissée est le procédé de choix. La consolidation est régulièrement obtenue. La mobilisation est précoce pour éviter la raideur. On utilise aussi de plus en plus l’enclouage rétrograde par le genou (voir pour plus de détails le chapitre fractures du genou)

                         

Déplacement habituel : ascension, bascule en arrière et rotation.            Traction              Ostéosynthèse par plaque AO

 

 

 

      

Fracture comminutive : traction                   Enclouage rétrograde d’une fracture basse du fémur

    

Fractures comminutives traitées par des plaques :  plaque simple, plaque de Judet, plaque AO

 

 

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Rédigé par Yanis Belhatri le Lundi 2 Novembre 2009 à 16:32 | Commentaires (0)

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