Gestes techniques

Drainage thoracique
Matériel, procédures de pose et gestion du drainage thoracique



Le drainage thoracique est un geste courant en réanimation face à un épanchement aérien (pneumothorax) ou le plus souvent liquidien. Si les moyens diagnostiques et les indications thérapeutiques ne seront pas abordés dans ce chapitre, nous aborderons néanmoins certains aspects physiopathologiques avant de préciser les aspects techniques de la pose et de la gestion du drainage.

Physiopathologie

La constitution d’un épanchement pleural relève de différents mécanismes dont la connaissance oriente déjà vers la conduite thérapeutique à adopter.
Épanchement liquidien

La genèse d’un épanchement liquidien repose soit sur une lésion (vasculaire le plus souvent) entraînant un comblement de l’espace pleural, soit sur un déséquilibre sécrétion/résorption du liquide pleural. La plèvre pariétale est en effet responsable d’une sécrétion d’environ 0,15 ml/kg/h de liquide pleural assurant le glissement des deux feuillets pleuraux. Cette sécrétion prédomine à l’apex pulmonaire et décroît vers la base. La réabsorption de ce liquide est principalement assurée au niveau des bases pulmonaires par les lymphatiques pariétaux ainsi que les cellules mésothéliales, assurant une capacité de résorption de l’ordre de 0,15 ml/kg/h pouvant atteindre 30 ml/h [1,2]. Au-delà des capacités de résorption ou lorsque les processus de résorption sont altérés, l’accumulation pleurale apparaît. L’espace pleural est par ailleurs caractérisé par une grande compliance permettant l’accumulation de grandes quantités de liquide sous une basse pression.
Épanchement aérien

La survenue d’un pneumothorax signe l’existence d’une communication ponctuelle ou pérenne entre la cavité pleurale et la structure pulmonaire au sens large du terme (de la trachée aux alvéoles) ou l’extérieur de la cavité pleurale (plaie transthoracique). On peut distinguer deux types de pneumothorax en fonction de son mode de survenue :

* pneumothorax spontané primitif suite à la rupture de bulles, blebs ou pneumothorax spontané secondaire à une maladie pulmonaire sous-jacente (bronchopneumopathie chronique obstructive, mucoviscidose) ;
* pneumothorax traumatiques incluant les pneumothorax iatrogènes. La physiopathologie est dominée par l’éventuelle pérennisation de la cause responsable de l’aggravation et/ou de la récidive du pneumothorax. La proximité de l’atteinte (arbre trachéobronchique) s’accompagne souvent d’une constitution plus rapide et plus mal tolérée par le patient.

Site de drainage

Le site de drainage le plus souvent rapporté est par la voie latérale, dans le triangle de sécurité bordé en avant par le bord latéral du muscle grand pectoral et en arrière par le bord latéral du muscle grand dorsal, en haut par le troisième espace intercostal (EIC) et en bas par le cinquième EIC. La voie antérieure entre le deuxième et le troisième EIC sur la ligne médioclaviculaire est essentiellement utilisée pour le drainage des pneumothorax.
Procédure de pose
Matériel nécessaire pour le drainage thoracique

La mise en place d’un drain thoracique peut se faire soit au décours d’une chirurgie thoracique (le chirurgien laisse un ou deux drains dans la cavité thoracique sous contrôle visuel), soit à l’aveugle pour évacuer un épanchement pleural. Dans ce deuxième cas, le drainage thoracique est un acte médical douloureux qui doit être réalisé dans des conditions rigoureuses d’asepsie. Il consiste en l’introduction d’un dispositif stérile au sein d’une cavité normalement stérile après effraction cutanée. Cet acte peut avoir des conséquences sur les fonctions cardiovasculaire et respiratoire. Sauf dans le cas de l’urgence, cela nécessite donc une préparation minimale : l’information du patient, le retrait d’une éventuelle prothèse dentaire, des conditions de jeûne, la réalisation d’un bilan d’hémostase ainsi qu’un groupage, la présence d’une voie veineuse fonctionnelle et une préoxygénation du patient.

La préparation du matériel
comprend les éléments suivants :

* substances d’urgence : atropine (malaise vagal), ephédrine (collapsus), soluté de remplissage (saignement) ;
* substances d’anesthésie : sur prescription médicale une sédation pourra être réalisée associée à un antalgique (exemple : Kétamine® + Diprivan® ; Kétamine® + Hypnovel® ; Rapifen®) ;
* matériel pour l’anesthésie locale : lidocaïne à 1 ou 2 %, seringue de 20 ml, aiguilles 18 et 21 G ;
* matériel pour l’habillage de l’opérateur et de l’infirmier diplômé d’État (IDE) ;
* matériel d’asepsie : la préparation cutanée est la même que pour tout acte invasif avec effraction cutanée ;
* champs stériles, compresses stériles ;
* bistouri stérile, 2 fils de suture non résorbable (fixation et bourse) ;
* matériel de drainage : il est différent selon la nature de l’épanchement et le degré d’urgence. Les épanchements aériens sont susceptibles d’être évacués par des drains de petite taille type Pleurocath® (8 French [F]) [3] ou des drains de 16 à 20 F. Les épanchements liquidiens doivent bénéficier d’un drainage par un drain de 24 à 32 F afin de limiter le risque d’obstruction du drain [4]. La technique de pose dépend du matériel utilisé :
* cathlon pour une exsufflation à l’aiguille en cas de pneumothorax suffocant ;
* cathéter thoracique introduit au doigt ;
* cathéter thoracique introduit avec un trocart type Monod (figure 1) ;
Figure 1.
Figure 1. Trocart de Monod.
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* drain trocard de type Joly à bout pointu ou mousse ;
* drainage à travers une aiguille type Pleurocath® (aiguille tranchante) ou type Argyle Turkel® (8 F – embout mousse et rétractable) ;
* système de recueil :
* drainage selon la technique de Seldinger.
* bocal recueil stérile à usage unique avec sécurité sous eau (type Thora–Seal ITM) ;
* colonne de Jeanneret. Ces dispositifs permettent la mise en aspiration du drain (indication la plus fréquente). Cette dernière favorise le maintien de la perméabilité du drain et le rétablissement d’une dépression pleurale afin d’assurer l’accolement de la plèvre viscérale contre la paroi thoracique. Ces systèmes nécessitent l’adjonction d’eau stérile. Ces manipulations doivent être réalisées avec une asepsie rigoureuse. Ces systèmes seront reliés à un manomètre de contrôle du niveau d’aspiration branché à une prise de vide par l’intermédiaire d’un tuyau stérile ;
* système de drainage balancé. Il nécessite l’adjonction d’eau stérile. Ce type de drainage permet de respecter la cinétique médiastinale (intéressant pour la prise en charge des patients pneumonectomisés). Le recueil peut également se faire par gravité dans un bocal stérile à usage unique avec sécurité sous eau ou dans un sac recueil stérile muni d’une valve antireflux type valve de Heimlich®.
* matériel pour faire le pansement.

Pose

Le site de drainage a été décrit plus haut.

Il existe cinq principes possibles pour le drainage, décrits ci-après.

* Le drainage chirurgical consiste en une incision cutanée, la dissection sous-cutanée et musculaire à l’index ou la pince courbe de Kelly, le franchissement de la plèvre pariétale au doigt puis en l’introduction prudente du drain guidé par le doigt ou la pince dans la direction dictée par la nature de l’épanchement à la surface du parenchyme pulmonaire, limitant ainsi le risque de traumatisme pulmonaire [5]. Si ce type de drainage est le plus sécuritaire, il est plus long à réaliser et est grevé d’une douleur majorée lors de la pose ainsi que d’une cicatrice plus inesthétique.
* Le drainage avec un trocart court type Monod (figure 1) permet l’effondrement de la plèvre pariétale et l’orientation du drain. Si l’incision peut être plus réduite et la procédure accélérée, il semble que cette technique soit grevée d’un manque d’angulation avec de plus fréquentes malpositions [6].
* Il existe aussi le drainage avec trocart long avec utilisation d’un drain thoracique borgne à bout mousse rigidifié par un guide métallique type Joly ou Mallinckrodt. La phase de passage de la plèvre pariétale doit être très prudente en raison du risque de lésion parenchymateuse. La phase de montée du drain (sur son guide orienté) est en revanche simplifiée.
* Le drainage à travers une aiguille type Pleurocath® est une autre modalité. La phase de passage des plans cutanés et musculaires est facilitée par le caractère tranchant de l’aiguille dans laquelle est placé le drain. Le risque de ponction du parenchyme est en revanche important. Ce risque pourrait être fortement réduit par l’utilisation de nouveau dispositif à embout mousse et rétractable sur lequel est monté le drain de 8 F type Argyle Turkel®.
* Le drainage selon la technique de Seldinger est réalisé avec une ponction à l’aiguille de l’espace interpleural dans lequel est monté le guide. Sur ce dernier seront introduits un dilatateur et un drain multiperforé de 9 à 14 F. La ponction initiale à l’aiguille présente un risque de ponction parenchymateuse, réservant souvent cette technique aux ponctions échoguidées. L’utilisation d’aiguilles moins traumatiques de type aiguille pour ponction péridurale peut réduire ce risque et permettre une orientation optimisée du drainage.

Mise en place de l’aspiration

La plupart des indications de drainage thoracique requièrent une mise en aspiration du drain d’une part afin de maintenir la perméabilité du drain, d’autre part afin de rétablir une dépression pleurale nécessaire à l’accolement de la plèvre viscérale contre la paroi thoracique. La dépression effective à l’entrée du thorax doit être d’environ –30 à –40 cmH2O pour un épanchement de nature liquidienne, ce qui requiert d’une part une longueur de raccord minimale (bien qu’autorisant les mobilisations du patient) entre le patient et la source d’aspiration, d’autre part une dépression à la source de –50 à –80 cmH2O en raison de la perte en ligne. Des niveaux de dépressions différents peuvent être indiqués en fonction de cas particuliers (mauvaise tolérance du patient, bullage majeur, etc.). Concernant un épanchement aérien, une dépression pleurale de –10 à –20 cmH2O peut suffire.

La prise en charge du patient pneumonectomisé est une exception à cette règle puisque ce dernier ne doit en aucun cas avoir de dépression pleurale (source d’attraction médiastinale). Ces patients bénéficient donc souvent d’une mise simple du drain « au bocal » ou de dispositifs plus récents respectant la cinétique médiastinale (figure 2).
Figure 2.
Figure 2. Système de drainage balancé pour pneumonectomie.
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Complication du drainage

La principale complication est la malposition du drain (jusqu’à 30 % des cas). Celui-ci peut se situer en position intrascissuraire ou intraparenchymateuse [6]. Cet aspect souligne l’importance de la radiographie de contrôle systématique après la pose. D’autres complications plus rares ont été rapportées, telles que la lésion vasculaire (intercostale le plus souvent), pourvoyeuse d’un saignement intrapleural (hémothorax) ou intrapariétal [7]. Cet aspect motive la surveillance horaire de la qualité et de la quantité du drainage dans les premières heures. Enfin, la perte de l’aspiration peut entraîner l’apparition ou l’aggravation d’un emphysème cutané, motivant la surveillance clinique horaire du patient, du moins au départ.
Surveillance et entretien

* Surveillance du patient (lors de la pose et durant le drainage) :
* état clinique du patient : malaise, douleur, apparition d’un emphysème sous-cutané ;
* fonction respiratoire : fréquence, amplitude, mouvements thoraciques, saturation en oxygène, couleur des téguments, radiographie du thorax, gazométrie ;
* fonction cardiocirculatoire : fréquence cardiaque, pression artérielle (hypotension = drainage trop rapide), couleur et chaleur des téguments.
* Surveillance du drain :
* lors de la réfection du pansement (toutes les 48 à 72 h, asepsie rigoureuse), rechercher l’absence de rougeur, d’écoulement au niveau du point de ponction, de béance de l’incision ; vérifier l’intégrité de la fixation et la présence du fil de la bourse ;
* rechercher l’absence de plicature du drain ;
* radiographie thoracique sur prescription médicale pour vérifier la position.
* Surveillance du système de drainage :
* perméabilité :
* vérifier l’absence de coudure ou de partie collabée ;
* traire le drain (pince à traire, figure 3) régulièrement afin d’éliminer les dépôts de caillots ou de fibrines ;
Figure 3.
Figure 3. Pince à traire.
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* vérifier la présence d’oscillation dans le dispositif (variation en fonction du rythme respiratoire), ou de présence (présence gazeuse) ou d’absence de bullage.
* déclivité :
* le système de drainage doit être en position déclive (40 à 50 cm en dessous de la position du patient) ;
* la tubulure reliant le drain au système de drainage doit être en pente régulière. Il est à noter que la longueur des tuyaux doit être minimale (suffisante pour permettre la mobilisation du patient) afin d’éviter une perte trop importante de la dépression effective à l’entrée du thorax ;
* en cas de mobilisation, le drain doit être clampé avec deux pinces placées l’une en face de l’autre et isolées du tuyau par une compresse, sauf si le drain bulle ;
* étanchéité :
* la présence d’un bullage permanent dans le dispositif peut signer une fuite. Vérifier les connexions en partant du patient et en allant vers l’aspiration murale. Afin de faire un diagnostic rapide, clamper le drain le plus prêt possible du patient : si le système bulle, rechercher une fuite en dessous du clamp ; si le bullage cesse, vérifier le drain (œillet à l’extérieur ?) ;
* vérifier que l’extrémité du tube plongeur du bocal soit immergée (sécurité sous eau – absence de reflux) et que le bouchon soit correctement vissé ;
* aspect et quantité du liquide pleural drainé :
* il peut être hémorragique, sérosanglant, purulent ou clair ;
* quantifier selon la prescription médicale. Le médecin doit être alerté lors d’un changement brutal de régime (arrêt des sorties ou brusque augmentation de débit et/ou de nature). Si la quantité drainée est brutalement supérieure à 1 litre, clamper le drain, avertir le médecin et surveiller l’état hémodynamique du patient ;
* apprécier le bullage en cas d’épanchement aérien. Ne jamais clamper un drain qui bulle.
* niveau de dépression :
* systèmes de drainage thoracique à usage unique avec sécurité d’eau : contrôler la force d’aspiration à la prise murale (prescription médicale) ;
* soupape de Jeanneret : réglage de la dépression avec la tige graduée (immersion dans le cylindre en fonction de la prescription médicale) ;
* système de drainage balancé : fonctionnement par gravité (ne pas connecter à une source d’aspiration) ;
* changement du bocal de recueil :
* il doit être réalisé avec des règles strictes d’asepsie ;
* il n’existe pas de recommandation particulière quant à la fréquence de changement du bocal recueil, mais il est conseillé de le faire lorsque ce dernier est au trois quart plein ou lorsque l’aspect du liquide recueilli change ;
* lors du changement, le drain doit être clampé, sauf si le patient est ventilé en pression positive.

Transport

La nécessité du maintien de la vacuité pleurale lors des transports impose certaines règles :

* absence de clampage du drain (qui supprime toute possibilité d’évacuation pleurale) ;
* éviter de placer le dispositif de recueil au-dessus du niveau du thorax ;
* mise en place d’un système de dépression autonome ou d’un dispositif antiretour pour les épanchements aériens (intérêt de la valve antiretour type Heimlich® ; figure 4).
Figure 4.
Figure 4. Valve antiretour type Heimlich®.
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Retrait du drainage

L’indication est d’ordre médical et se pose lors de l’exclusion du drain, de l’absence de bullage ou de la réduction des pertes, et ce en association avec la bonne réexpansion pulmonaire à la radiographie [8]. Notons que la poursuite d’une ventilation artificielle peut motiver la poursuite du drainage pour raisons de sécurité. Enfin, lors de drainage en aspiration, il est préférable de prévoir la suspension de l’aspiration avec mise du drain sur valve antiretour ou en siphonage et de procéder à une radiographie pulmonaire 2 à 4 h après. Il doit être effectué par deux personnes, le médecin présent. Cet acte est réalisé dans des conditions d’asepsie rigoureuse avec vérification préalable de l’efficacité de la bourse et une possible anesthésie locale autour de la zone du drain. Le retrait se fait en dépression en demandant au patient de faire une manœuvre de Valsalva (expiration forcée bloquée à glotte fermée) s’il est en ventilation spontanée ou en phase expiratoire en cas de ventilation mécanique. Il est fréquemment recommandé de réaliser une radiographie de thorax immédiatement après l’ablation (recherche d’une effraction gazeuse) puis à 12 à 24 h (recherche d’une reconstitution liquidienne) [7]. Une surveillance accrue de l’état respiratoire doit être programmée ainsi que la surveillance du point d’insertion, surtout après drainage pour épanchements surinfectés ou drainages prolongés.
Conclusion

La technique de drainage thoracique requiert une attention particulière, tant dans sa préparation que lors de son exécution et de sa surveillance. Une procédure spécifique semble donc nécessaire au sein de chaque établissement afin d’améliorer encore la qualité et la sécurité de cet acte.
Références

Drainage thoracique

Drainage thoracique

Rédigé par Dr Belhatri yanis le Jeudi 10 Décembre 2009 à 12:20 | {0} Commentaires